Divorcés, ils sont obligés de cohabiter


Catherine Brezeky
Renaud Pestre
Écrit par relu par
Publié le , mis à jour le - 6 min de lecture
Maison divisée par un éclair, divorce et cohabitation face à la gestion du bien immobilier

Chaque année, environ 130 000 divorces sont prononcés en France. Faute de pouvoir se reloger ou racheter la part de l’autre, de nombreux ex-conjoints continuent à vivre sous le même toit, souvent dans un contexte de crise immobilière. Rachat de soulte, vente du bien ou aide familiale : des divorcés témoignent des solutions trouvées.

Qui déménage et qui reste ?

Et un jour, le couple devient, du jour au lendemain, deux colocataires bien particuliers. Eh oui, une rupture laisse parfois le couple dans l’incapacité de se reloger dans l’immédiat.

"Avec mon ex-femme Marie, nous avons dû cohabiter trois-quatre mois le temps qu’elle retrouve un logement en location. Nous avions convenu qu’après le divorce prononcé, je rachèterai ses parts de la maison, une décision assez logique pour nous." explique William.

Pour eux, la cohabitation n’a pas été "si pénible puisque la séparation s’est faite en bonne entente" et qu’il a aidé Marie à aménager sa nouvelle vie. "Mais à partir du moment où ça s’est terminé, je n’avais plus envie de vivre avec elle, j’avais hâte d’avoir mon chez-moi et de pouvoir reconstruire une vie avec mes enfants."

Mariés sous le régime de la communauté, la maison leur appartenait à parts égales. Leur notaire a pu déterminer celle qui revenait à chacun et William a réalisé un nouveau crédit auprès de sa banque pour racheter la part de Marie.

Pour Élodie, la situation diffère : mariée avec Pierre, elle n’a pas souhaité divorcer, et le couple a acté une séparation de corps, "Nous avions investi dans un appartement. Pierre a donné congé au locataire qui a quitté le bien assez vite. Je ne sais plus combien de temps nous avons cohabité." Il a donc été décidé à l’amiable qu’Élodie conserverait la maison et que Pierre vivrait dans l’appartement. Ils étaient également propriétaires d’un immeuble de bureaux, géré par Pierre. Il a poursuivi son activité et a conservé le bâtiment. De fait, "le partage des biens a été globalement équitable et simple", conclut Élodie.

Dans ces deux cas, le partage du ou des biens s’est avéré plutôt simple. Lorsque l’un des conjoints possède les fonds suffisants ou a la possibilité d’effectuer un crédit seul, il peut conserver le domicile familial. L’obtention d’une soulte permet à celui qui part de la maison de rechercher un autre logement. William avoue néanmoins qu’"avec la flambée des prix de l’immobilier, si nous avions divorcé deux ans plus tard, je n’aurais pas pu garder la maison".

Que faire quand le divorce impose la vente du bien ?

Il arrive qu’un divorce se solde par la vente du bien. Benoît, pacsé avec Delphine, est séparé de cette dernière depuis plus d’un an. Ensemble, ils ont acquis une maison et c’est Delphine qui a apporté la part plus importante lors de l’achat. Mais faute de moyens, aucun des deux ne peut conserver la maison et elle est toujours en vente.

Delphine y vit encore avec leur bébé et Benoît, lui, a fini par s’installer avec sa nouvelle compagne dans un appartement. "C’est elle qui paie notre loyer puisque je dois continuer à rembourser le crédit tant que la maison n’est pas vendue. C’est une situation vraiment compliquée, mais nous n’avons pas le choix. Seul, je n’aurais jamais pu racheter, si je n’avais pas rencontré ma compagne actuelle, j’aurais dû continuer à vivre avec Delphine ou retourner chez mes parents." Une situation psychologiquement difficile à accepter pour Benoît qui n’a pas encore tourné la page.

Céline et Thibault, mariés sous le régime de la séparation des biens (les parents de Thibault ont réalisé une donation-partage à leurs trois enfants avant le mariage de leur fils), ont eux aussi mis leur appartement en vente. Situé dans un quartier prisé de la région toulousaine, ils l’ont vendu en quelques "trop longs mois, la cohabitation étant vraiment pénible", mais ils ont "serré les dents et cohabité tant bien que mal". Et parce qu’aucun des deux n’avait la possibilité de réaliser un rachat de soulte et parce que leur crédit n’était pas soldé, ils ont réalisé une vente blanche, sans récupérer de quote-part. Finalement, Thibault a loué un appartement plus petit, quant à Céline, suspense…

Comment la famille peut-elle aider en cas de cohabitation forcée après un divorce ?

Parfois, la cohabitation forcée peut pousser certaines personnes à accepter l’aide de proches. C’est le cas d’Emmanuelle qui a vécu une séparation extrêmement houleuse. Contrainte de cohabiter quatre mois avec son ex-époux avec lequel elle louait une maisonnette, elle a vécu "Un enfer ! J’avais la boule au ventre tous les jours, quand je savais qu’il était à la maison, je trouvais un prétexte pour ne pas rentrer."

Alors pour soulager son fardeau, ses parents viennent à la rescousse, "Un jour, ils m’ont annoncé qu’ils avaient acheté un appartement dans la ville d’à-côté pour qu’on puisse gérer facilement la garde alternée de notre petit garçon. Même si on était mariés sous le régime de la communauté, je suis partie sans rien."

Pour Emmanuelle, ses parents l’ont "sauvée d’une situation inextricable". À l’époque, elle gagnait un SMIC et n’avait pas d’autre solution que la cohabitation. Grâce à ses parents, elle a pu reconstruire sa vie et aller de l’avant, "Je ne l’oublierai jamais, sans eux, je ne sais pas ce que je serais devenue !"

Et la jeune femme n’est pas la seule dans cette situation. Pour Céline, les conditions étaient un peu identiques, "Mes parents ont loué un appartement à leur nom pour moi. Je sais que c’est ‘limite’, mais c’était ça ou… je préfère ne pas y penser. Cela me permet de vivre décemment avec mes enfants une semaine sur deux. Comme j’étais en arrêt longue maladie, mon dossier ne serait jamais passé auprès d’une agence et j’aurais dû attendre longtemps avant de bénéficier d’un logement social. C’était vraiment la solution la plus simple et la plus rapide !"

Étant donné leurs situations respectives, ni Emmanuelle, ni Céline n’a pu bénéficier d’aides au logement et n’a pas pu acheter seule non plus. Mais la priorité de chacune a été axée sur leur reconstruction personnelle à travers une vie à l’abri.

Vivre sous le même toit après une séparation est une épreuve à la fois émotionnelle et financière qui est malheureusement assez courante. Dans le cas de la vente d’un bien, le rachat de soulte, bien qu'il puisse s'avérer complexe à établir, apparaît comme une solution pour prendre un nouveau départ. Se faire conseiller par un notaire ou un expert immobilier est essentiel pour trouver la clé, de même que consulter la banque ou les services sociaux, un premier pas vers une nouvelle autonomie et une reconstruction durable...

Questions fréquentes

  • Le rachat de soulte est effectif uniquement lorsque le divorce est prononcé. Il consiste à racheter la part du bien détenue jusque-là par l’ex-conjoint, qui perd alors tout lien juridique avec le logement. Si un crédit est encore en cours, son montant est intégré au calcul de la soulte.

  • Selon le site du gouvernement, la séparation de corps est une procédure prévue par la loi qui concerne uniquement les couples mariés. Elle leur permet de rester mariés tout en étant autorisés à ne plus vivre ensemble, sans divorcer.

  • Le bien est mis en vente. Si le crédit n’est pas totalement remboursé et qu’aucune quote-part ne peut être récupérée par l’un des ex-conjoints, la vente peut prendre la forme d’une « vente blanche ».

  • La durée varie selon les situations : dans les témoignages recueillis, elle a duré trois à quatre mois le temps qu’un ex-conjoint retrouve un logement en location, ou quatre mois avant qu’une solution familiale soit trouvée.

  • Certains témoignages évoquent l’aide de la famille : des parents qui achètent un appartement à proximité pour faciliter la garde alternée, ou qui louent un logement à leur nom pour leur enfant, qui ne peut bénéficier d’aides au logement ni acheter seul.

Catherine Brezeky
Renaud Pestre
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