Quand papa et maman achètent pour contrer les galères des logements étudiants


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Catherine Brezeky
Renaud Pestre
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Publié le , mis à jour le - 6 min de lecture
Décor minimaliste évoquant l'achat immobilier par les parents pour loger leurs enfants étudiants

Face à la pénurie de logements étudiants qui transforme la rentrée en parcours du combattant, de plus en plus de parents achètent directement un studio ou un appartement pour loger leur enfant. Selon une étude Notarius, cette pratique concernait 9 % des transactions immobilières en 2022, contre 7 % en 2021. Une solution coûteuse, mais qui peut ensuite être revendue avec plus-value ou transformée en investissement locatif meublé une fois les études terminées.

Logement en crise

Une situation qui nous impacte tous

  • Flambée des loyers : +11,32 % entre le premier trimestre 2019 et le premier trimestre 2024 en France métropolitaine, selon l'INSEE
  • Raréfaction des terrains constructibles
  • Hausse des taux d'intérêt et du coût des travaux
  • Augmentation des factures d'énergie
  • Effondrement de la production de logements neufs

Résultat : les Français peinent toujours à se loger.

Mais à qui la faute ? Certains acteurs ont ignoré cette crise jusqu'à ce que les taux d'intérêt augmentent. Jean-Claude Driant, professeur à l'École d'urbanisme de Paris, partageait en janvier 2024 lors de son audition à l’Assemblée nationale que la situation actuelle résulte de plusieurs phénomènes. “D’abord d’un problème structurel qui s’est développé au cours des vingt-cinq dernières années, dès lors que les prix du logement ont commencé à augmenter plus vite que les revenus et l’indice des prix à la consommation.”

Mais ce n’est pas tout. Selon lui, l'accès au logement n'a pas été équitable depuis longtemps : "Les biens immobiliers se sont progressivement limités aux revenus les plus élevés et aux classes d’âge supérieures. Ainsi, l’âge moyen du primo-accédant à la propriété a augmenté de près d’une dizaine d’années en vingt ans. Les ménages déjà propriétaires ont contribué à alimenter le marché en vendant des biens, en rachetant, en investissant : c’est à ce moment-là que des patrimoines locatifs avec plusieurs propriétés se sont constitués. Le marché fonctionnait donc très bien, mais en évinçant une partie des ménages.”

Et parmi ces ménages, les étudiants se trouvent en première ligne.

… qui asphyxie les jeunes étudiants

Si une catégorie est particulièrement touchée par le manque de logements, ce sont bien les étudiants. Et pour cause, la demande dépasse largement l’offre. Un rapport du Sénat de 2021 soulignait qu'il manque 250 000 logements étudiants pour répondre aux besoins. Face à cette pénurie, 12 % des jeunes ont dû renoncer à leurs études, selon une étude OpinionWay pour Wellow, spécialiste de la colocation. Pire encore, 88 % des moins de 35 ans estiment que "se loger relève aujourd'hui du parcours du combattant."

Mais que propose le gouvernement ? En 2019, il annonçait un plan pour construire 60 000 logements. Pourtant, seule la moitié de ces logements ont été réellement construits.

Sarah Biche, vice-présidente chargée de l'Innovation sociale à la FAGE, une association étudiante, expliquait à Radio France en septembre 2023 que l'augmentation de la population étudiante au cours des dix dernières années n'a pas été accompagnée de politiques de construction de logements : "Dans les collectivités, il n'y a pas assez de concertation pour créer des logements adaptés aux besoins des étudiants, proches des établissements d'enseignement supérieur."

Et ce n’est pas le seul problème. Pour Sarah Biche, le secteur des transports n’est pas non plus à la hauteur : "On dit souvent aux étudiants de s'éloigner du centre-ville et de se rendre en périphérie. Mais encore faut-il pouvoir se rendre sur son campus, surtout avec le coût des transports."

La précarité étudiante ajoute une couche supplémentaire à cette crise. En France, en 2023, 26 % des étudiants vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 20 % en 2022, selon une enquête Linkee. Cette situation les pousse même à sauter des repas pour des raisons financières : 54 % des étudiants sautent des repas, tandis que le coût des repas universitaires a augmenté de 7 % entre 2022 et 2023.

Les Jeux olympiques de Paris 2024, un facteur aggravant pour le logement étudiant

À l’approche des Jeux Olympiques de Paris, 3 000 étudiant(e)s des résidences CROUS en Île-de-France ont eu la mauvaise surprise de recevoir un email leur demandant de libérer leur logement pour l'été 2024 afin de les rendre disponibles pour accueillir les Jeux Olympiques. Pour la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, cette situation est une "difficulté temporaire", demandant aux étudiant.e.s de "faire un effort". Ajoutant même que : "Les étudiants seront fiers de prêter leur logement pendant deux petits mois d’été." Ambiance…

Pourquoi les parents achètent-ils un logement pour leur enfant étudiant ?

Alors, face à ces situations compliquées, certains parents décident de prendre le taureau par les cornes. Une enquête de l’Observatoire du Logement Social de 2023 révèle que 6 % des locataires en logement social ont des parents propriétaires du logement qu'ils occupent, soit 1 % de plus qu’en 2021. En plus d’être un avantage pour leurs enfants, c'est une manière pour les parents de leur assurer un logement stable et abordable.

Christina, pharmacienne au Puy-en-Velay, a vécu cette situation l'année dernière. Sa fille Sandra, acceptée en licence à Lyon, n'arrivait pas à trouver un logement. “Studio, coloc, résidence étudiante, rien n'était disponible.” Pendant des semaines, avec son mari, ils explorent toutes les options possibles, envisageant même de déménager. “On était désemparés alors on a pensé acheter un logement pour elle. Les taux commençaient à monter, mais c’était la seule option viable.” Ils ont finalement trouvé un studio de 18 m² dans le quartier Baraban-Ferrandière, à la limite de Villeurbanne. “C’est un peu éloigné et petit, mais 40 minutes de trajet, c’est mieux que pas de logement du tout.”

Bien que cette tendance demeure marginale, limitée à une fraction de la population disposant des moyens financiers nécessaires, elle est en croissance (crise oblige). Une étude de Notarius indique que 9 % des transactions immobilières en 2022 concernaient un achat par un parent pour son enfant étudiant, contre 7 % en 2021. Certains parents y voient aussi une manière de transformer la contrainte financière en investissement locatif.

C'est exactement ce que George et Christine ont vécu il y a 25 ans. Leur fils voulait s'installer à Paris pour ses études, mais le marché saturé les a poussés à acheter un appartement dans le 10e, près de la porte Saint-Martin. À l'époque, les prix étaient bien plus abordables, mais les défis pour les étudiants étaient tout aussi particuliers. Une fois les études de leur fils terminées, ils ont transformé l'appartement en location meublée de longue durée pour d'autres étudiants. Une solution ingénieuse qui a permis de rentabiliser leur investissement.

Certes, ces familles apportent des avantages concrets pour leurs enfants mais cela soulève aussi des questions importantes sur les inégalités d'accès au logement et le rôle des pouvoirs publics. Sommes-nous utopiques d'espérer un revirement de situation ? En attendant la construction de nouveaux logements étudiants, cette solution, bien que coûteuse, répond à un besoin crucial.

Questions fréquentes

  • Face à la pénurie de logements étudiants (il en manquerait 250 000 selon un rapport du Sénat de 2021) et à la flambée des loyers, certains parents achètent directement un bien pour leur enfant afin de lui garantir un logement stable et abordable, plutôt que de multiplier des recherches infructueuses de studio ou de colocation.

  • Selon une étude Notarius, 9 % des transactions immobilières en 2022 concernaient un achat par un parent pour son enfant étudiant, contre 7 % en 2021. Cette pratique reste minoritaire, réservée aux familles disposant de moyens financiers suffisants, mais elle progresse d'année en année.

  • Comme pour une résidence principale, l'emplacement est le critère numéro un : selon la ville universitaire, il faut parfois accepter de s'éloigner un peu du centre pour trouver un bien. La taille compte aussi : un petit studio, plus facile à relouer ensuite, ou une plus grande surface pensée pour la colocation, qui permet de mieux rentabiliser l'achat.

  • Deux options principales : revendre le bien pour réaliser une plus-value, en ayant éventuellement réalisé des travaux pour le valoriser, ou le louer à d'autres étudiants en profitant du statut de location meublée non professionnelle (LMNP) pour bénéficier d'avantages fiscaux et faire fructifier son patrimoine.

Charlotte Papin
Catherine Brezeky
Renaud Pestre
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