Acheter une maison en France pour 1€ : ça existe ?


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Publié le 20 juin 2025, mis à jour le 8 juillet 2026 - 7 min de lecture
Une maison en pierre avec une pièce de 1 euro

Oui, il est possible d’acheter une maison à 1 € en France. Depuis 2018, plusieurs communes comme Roubaix, Saint-Amand-Montrond ou Saint-Chamond vendent à prix symbolique des logements dégradés à des primo-accédants prêts à les rénover, un peu comme l’Italie l’a fait avant en proposant de devenir propriétaire pour le prix d’une baguette de pain. Si Netflix en a fait un film, le concept a depuis fait des émules dans l’Hexagone : en contrepartie du prix symbolique, les travaux restent entièrement à la charge de l’acheteur, et peuvent dépasser 100 000 €.

Une stratégie pour redonner vie aux villes oubliées

L’Italie, c’est la dolce vita, les pâtes fraîches et les verres de Chianti au coucher du soleil… Mais, c’est aussi des villages désertés et laissés à l’abandon depuis des décennies, au profit des grandes villes. Alors face à ces bourgs vieillissants et des maisons frisant la ruine, plusieurs maires ont eu l’idée de lancer une campagne audacieuse, il y a près de 10 ans : “Case a 1€” (traduisez une maison à 1 €).

Le principe ? Mettre en vente des maisons à prix symbolique, à condition de les rénover. À Gangi, en Sicile, 80 biens ont trouvé preneur : un petit succès, qui a inspiré la France, et plus précisément le maire de Roubaix, Guillaume Delbard. En 2018, il décide de mettre en place un programme pilote “Maisons à 1€, avec travaux” pour revitaliser deux quartiers de la ville, en proie à la désertification et au squat.

Il faut dire que dans les quartiers de l'Alma et de la Fraternité, les bâtiments abandonnés coûtent cher à la municipalité : 3 000 € par an par maison pour éviter qu’elle ne s’écroule, et jusqu’à 3 millions d’euros pour réhabiliter le parc complet. Impossible pour la mairie, qui a préféré tenter le pari de les vendre à 1 €. Et ça marche ! Une vingtaine de maisons ont ainsi trouvé preneur et plusieurs rénovations sont arrivées à terme, malgré les critiques sur l’état des biens et le coût réel des travaux.

Séduits par l’idée, plusieurs autres maires de France ont décidé de mettre le pied à l’étrier : à Saint-Amand-Montrond dans le Cher ou encore à Saint-Chamond dans la Loire. Ici aussi, le succès est au rendez-vous. À Saint-Amand-Montrond, « plus de 90 personnes avaient candidaté » raconte à Ouest France Francis Blondieau, maire adjoint chargé de l’urbanisme. Dans cette commune de 10 000 habitants, l’objectif était plutôt de revitaliser le centre-ville.

Un prix symbolique, des conditions strictes et des travaux

Pourquoi ces maisons sont-elles si peu chères ? Si le prix de ces propriétés bat toute concurrence, c’est parce qu’elles coûtent en réalité beaucoup plus qu’un pain au chocolat. En effet, elles demandent de faire d’importants travaux de rénovation qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.

À Saint-Amand-Montrond, une maison a été vendue à 1 € au début de l’année 2025 avec une proposition d’aménagement estimée à… 127 800 €. Désamiantage, gros œuvre, charpente, électricité et plomberie sont au menu des travaux. Ce n’est pas tout, comme toute maison mise en vente à ce prix, des conditions strictes encadrent la transaction.

Lesquelles exactement ? Tout dépend des communes, mais la plupart du temps, il est demandé aux personnes qui candidatent de :

  • être primo-accédant (ne pas avoir été propriétaire de sa résidence principale depuis au moins 2 ans)
  • engager les travaux de rénovation dans les 6 mois suivant l’achat
  • s’engager à vivre plusieurs années dans le bien
  • ne pas revendre rapidement le bien, sous peine de devoir rembourser certains avantages obtenus

En bref, c’est un projet réservé à celles et ceux qui sont prêts à s’investir sur le long terme. C’est d’ailleurs pour cela que les mairies qui proposent ces dispositifs demandent des dossiers de candidature très fournis (présentation du projet, lettre de motivation, etc.).

En contrepartie, les acheteurs peuvent bénéficier d’aides financières et de subventions pour la réalisation des rénovations. « Les politiques en faveur de la rénovation énergétique et de la lutte contre l’habitat indigne ont permis d’accroître les subventions », partageait au Figaro Immobilier, Lucie Charron, responsable de programmes de La Fabrique des quartiers, la société publique chargée de revitaliser les quartiers dans la métropole lilloise qui a soutenu l’initiative de la ville de Roubaix.

D’ailleurs, les municipalités qui s’engagent dans ces programmes contribuent, elles aussi, à l’effort avec des aides spécifiques. À Roubaix, « La part des subventions est d’autant plus forte que les maisons sont petites », précisait Lucie Charron.

Ça se finance comment ?

Eh oui, avec de tels travaux, comment financer un projet d’une telle ampleur ? L’opération est complexe. Pour Mathieu Boisson, courtier immobilier chez Pretto : « Il est possible de faire un prêt immobilier uniquement pour les travaux, mais ce n’est pas évident. Tout dépend de la valeur du bien après rénovation. »

Pour aider les banques à se projeter, une estimation des coûts est réalisée par la mairie et incluse dans le dossier des acheteurs, accompagnée d’un plan de financement et des aides publiques mobilisables. Ces subventions, parfois spécifiquement prévues dans le cadre du projet, peuvent atteindre jusqu’à 80 % (en fonction des revenus des acheteurs), mais sur uniquement une partie des travaux.

Comme les aides s’appliquent à un montant plafonné, même avec les aides maximales, les futurs propriétaires devront prendre en charge une part importante des travaux, notamment avec un apport important. « Avec au moins 20 à 30 % d’apport, le dossier peut passer. Mais emprunter 120 000 € pour des travaux, sans rien de côté, ça peut coincer. » estime Mathieu Boisson.

La patience est aussi de mise pour concrétiser le projet. Parce que refaire une maison à neuf, ça prend du temps. D’après le planning prévisionnel communiqué par la mairie de Saint-Amand-Montrond pour la maison vendue à 1 € plus tôt dans l’année, la signature de l’acte de vente était prévue en janvier 2025, avec un début des travaux en mai 2025 - et une livraison finale au plus tard en juillet 2028…

Maison à 1 € : quels sont les risques et les mauvaises surprises possibles ?

Si Lisette Parotte est ravie d’avoir acheté sa maison à Saint-Amand-Montrond, d’autres ont connu des déconvenues… En 2020, un couple achète une maison à 1 € à Saint-Chamond dans la Loire. Sur le papier, c’est l’affaire du siècle : une bâtisse en pierre pleine de charme, au pied d’une colline. Conquis, le couple investit 75 000 € dans les travaux avant de mettre le bien en location.

Une fois les locataires installés, les problèmes commencent, et plus spécifiquement des infiltrations d’eau qui rendent le bien humide et impropre à l’habitation. Selon un expert, 25 000 € de travaux supplémentaires sont à prévoir.

Les propriétaires, en difficulté, envisagent alors de se retourner contre la commune pour vice caché, jusqu’à découvrir que la ville s’était couverte avec une clause indiquant que l’acheteur prenait le bien "en l’état", sans recours possible. Sauf preuve que la commune connaissait le problème, leurs chances d’avoir gain de cause s’ils portent l’affaire devant la justice restent incertaines… Car derrière cette belle promesse, les travaux peuvent cacher des surprises qu’il faut savoir anticiper.

Alors, prêt(e) à faire le grand saut vers une maison à 1 € ? Si vous êtes motivé(e) à retrousser vos manches et patient(e), cette aventure pourrait bien être la clé d’une belle opportunité. La folie des grandeurs ne vous dit rien ? Vous pouvez toujours dénicher votre maison de campagne à moins de 100 000 € sur Pretto Search, l’application qui vous alerte en premier du bien de vos rêves.

Questions fréquentes

  • Il n’existe pas de dispositif national : ce sont des communes qui lancent ponctuellement ces opérations, comme Roubaix, Saint-Amand-Montrond (Cher) ou Saint-Chamond (Loire).

  • En général les primo-accédants, c’est-à-dire les personnes n’ayant pas été propriétaires de leur résidence principale depuis au moins 2 ans, sous réserve d’un dossier de candidature validé par la mairie.

  • Oui, mais ce n’est pas automatique : la banque évalue la valeur du bien après travaux, et un apport personnel de 20 à 30 % est souvent nécessaire, selon Mathieu Boisson, courtier chez Pretto.

  • Les biens sont vendus « en l’état », sans recours automatique en cas de vice caché : un couple a par exemple dû faire face à 25 000 € de travaux supplémentaires imprévus après l’achat d’une maison à 1 € à Saint-Chamond.

  • Cela peut prendre plusieurs années : à Saint-Amand-Montrond, la signature de l’acte de vente était prévue en janvier 2025, le début des travaux en mai 2025, pour une livraison finale au plus tard en juillet 2028.

Charlotte Papin
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Publié le 20 juin 2025, mis à jour le 8 juillet 2026 - 7 min de lecture