Canicule : le gouvernement remet 700 000 "bouilloires thermiques" sur le marché locatif


Portrait Ingrid Servaes
Photo de Charlotte Papin
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Publié le 26 juin 2026, mis à jour le 26 juin 2026 - 4 min de lecture
Bouilloire thermique

Alors que la France traverse un épisode de chaleur exceptionnel, le gouvernement a dévoilé son Plan de relance du logement. Parmi les mesures les plus commentées : le maintien ou le retour sur le marché locatif de près de 700 000 logements classés F et G, à condition que leurs propriétaires s'engagent à les rénover. Une décision qui relance pour beaucoup le débat entre lutte contre la crise du logement et amélioration du confort des occupants. 

Près de 700 000 logements bientôt remis sur le marché 

« Le logement est aujourd'hui au cœur des préoccupations des Français. C'est une urgence nationale, sociale et économique ». C'est par ces mots que débute le Plan de relance du logement, présenté le 25 juin 2026 par le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, en Conseil des ministres. 

L'une des mesures phares concerne les logements les plus énergivores : depuis plusieurs années, la loi prévoit leur interdiction progressive à la location afin d'améliorer la qualité du parc immobilier. À l'horizon 2028, près de 700 000 logements classés F et G au Diagnostic de Performance Energétique (DPE) auraient ainsi quitté le marché locatif. 

Mais, pour le gouvernement, ce calendrier contribue aujourd'hui à aggraver la pénurie de logements. Son constat est simple : dans un contexte où les candidats à la location sont toujours plus nombreux, retirer plusieurs centaines de milliers de logements du parc locatif n'est pas tenable.

Face à cette situation, l'idée du Gouvernement est d’assouplir temporairement les règles afin que ces logements puissent continuer à être loués, sous certaines conditions. Ce choix intervient toutefois dans un contexte très particulier : la France connaît depuis plusieurs jours un épisode de canicule exceptionnel, qui rappelle l’importance du confort en été dans les logements.

Louer oui, mais avec une obligation de rénover 

Avec ce projet de loi, le gouvernement fait donc machine arrière, mais il ne renonce pas pour autant à l'objectif de rénovation énergétique et met en avant une « évolution de méthode ».

Dans les faits, un propriétaire pourra donc bien continuer à louer un logement classé F ou G, mais il devra en contrepartie s’engager à réaliser des travaux de rénovation énergétique.

Cet engagement devra être matérialisé par la signature d'un contrat avec une entreprise et le versement d'un acompte. Les travaux devront ensuite être réalisés dans un délai 

  • de trois ans pour une maison individuelle,
  • de cinq ans pour une copropriété.

Passoire thermique : comment la financer sans se ruiner ?

Une mesure qui fait déjà polémique 

On s’en serait douté, l'annonce n'a pas tardé à provoquer de nombreuses réactions aussi bien du côté des associations de locataires que des organisations écologistes. Pour beaucoup d'entre elles, cette mesure du gouvernement déroule le tapis rouge aux propriétaires. 

 "Le gouvernement se fait le chantre de la procrastination, récompensant ainsi les bailleurs qui n'ont réalisé aucuns travaux", dénonce la CLCV, l'association de défense des consommateurs et des locataires. 

"Des centaines de milliers de locataires, pour la plupart modestes, souffrent de la canicule dans des logements insalubres, surchauffés et invivables mais le gouvernement, déjà responsable de leur situation, choisit de reporter des travaux qui pourraient améliorer leur vie quotidienne", accuse Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique au sein de Greenpeace, qui qualifie le projet  de loi de “comble du cynisme”.

Ce à quoi le ministre du Logement Vincent Jeanbrun à répondu immédiatement que « Le cynisme, ce serait d'expliquer aux gens qu'en sortant 700 000 logements du parc locatif, on va améliorer leur confort. Vous pensez que là, il vaut mieux être chez soi sous un toit ou dans la rue ? ».

Pour le gouvernement, la priorité est claire : préserver l'offre locative coûte que coûte.

Les questions que soulève encore la mesure

Si les conditions ont été clairement posées, plusieurs interrogations, qui feront le succès du dispositif, demeurent. Le mécanisme imaginé par le gouvernement repose d'abord sur la capacité des propriétaires à trouver rapidement des entreprises prêtes à signer ces “contrats de travaux. Alors que de nombreux artisans affichent déjà des carnets de commandes bien remplis, accepteront-ils de s'engager sur ce type de contrats ? 

Autre interrogation : le contrôle du dispositif. Comment s'assurer que les propriétaires réaliseront effectivement les travaux dans les délais annoncés ? Qui vérifiera le respect de ces engagements ? Et surtout, que se passera-t-il si les travaux ne sont finalement jamais réalisés ? 

Avec cette mesure, le gouvernement ne signe pas un retour sans condition des passoires thermiques sur le marché, mais il mise sur un compromis : augmenter rapidement l'offre locative, sans abandonner la rénovation énergétique. Reste désormais à savoir si ce pari permettra réellement de concilier urgence du logement et confort des locataires.

Questions fréquentes sur les passoires thermiques

  • Une passoire, ou une bouilloire, thermique est un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Très énergivore, il consomme beaucoup d'énergie pour le chauffage, l'eau chaude ou la climatisation, ce qui entraîne généralement des factures élevées et un confort moindre pour les occupants. 

    • Depuis le 1er janvier 2025 : les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location (hors exceptions prévues par la loi).
    • À partir du 1er janvier 2028 : ce sera au tour des logements classés F.
    • À partir du 1er janvier 2034 : les logements classés E seront également concernés.

  • En principe, c’est impossible si le logement est concerné par l'interdiction en vigueur. Toutefois, la réglementation prévoit certaines exceptions, notamment lorsque les travaux sont impossibles pour des raisons techniques, architecturales ou administratives.

Ingrid Servaes
Photo de Charlotte Papin
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Publié le 26 juin 2026, mis à jour le 26 juin 2026 - 4 min de lecture