Crise au Moyen-Orient : votre budget logement risque-t-il d’augmenter ?


Catherine Brezeky
Photo de Aurore Fontaine
Pierre Chapon
Écrit par édité par relu par
Publié le , mis à jour le - 5 min de lecture
Ampoule et symbole monétaire évoquant le budget logement des ménages

On vous parlait récemment de l’impact de la guerre en Iran sur les taux immobiliers, mais les répercussions de cette crise au Moyen-Orient vont bien au-delà. Augmentation des factures de gaz dès mai 2026, coûts de construction plus élevés… Si l’impact reste limité aujourd’hui, les mois à venir pourraient se montrer plus difficiles, tant pour les propriétaires que pour les locataires et les futurs acquéreurs. On vous détaille la situation.

Un choc de l’énergie à venir

Avant même d’arriver jusqu’aux crédits immobilier, c’est souvent l’énergie qui réagit en premier aux conflits.

Et sur ce point, les effets se font déjà sentir. Le 19 mars dernier, à la suite d’une attaque visant le plus grand site de production de gaz naturel liquéfié du Qatar, les prix ont fortement réagi :

  • le gaz européen a bondi d’environ 35 %, pour atteindre près de 70 € le mégawattheure,
  • le pétrole, lui, a franchi la barre des 110 dollars le baril.

Ces niveaux restent toutefois inférieurs à ceux observés au début de la guerre en Ukraine en 2022, ce qui permet, pour l’instant, de relativiser l’ampleur du choc. Pourtant, début mars, Bercy a alerté sur une possible hausse des factures de gaz dès le 1er mai. Mais concrètement, qui est concerné ?

Selon le ministre de l’Économie, Roland Lescure, : « sur environ 10,4 millions de Français abonnés au gaz, à peu près 7 millions peuvent être affectés par la variabilité du prix du marché. »

En pratique, tous les Français ne seront pas exposés de la même façon :

  • ceux qui ont souscrit un contrat à prix fixe devraient être relativement protégés,
  • les abonnés aux offres indexées, eux, sont les plus exposés.

Le décalage dans le temps est aussi à garder en tête. « La hausse récente des marchés ne devrait pas se ressentir avant début mai, à un moment où la consommation baisse fortement », précise Bercy.

Au final, pour un foyer moyen, l’impact resterait contenu, autour de quelques euros par mois, avec une estimation inférieure à 10 €.

Mais ces évolutions ne concernent pas seulement les marchés de l’énergie. Elles commencent déjà à se répercuter, indirectement, sur le logement et le budget des ménages.

L'analyse en vidéo

Propriétaire, locataire : quel impact ?

Pour le moment, la hausse des tarifs du gaz est limitée, mais ses effets ne s’arrêtent pas aux factures et propriétaires et locataires ne font pas face aux mêmes enjeux.

Propriétaires : une hausse à anticiper mais avec des leviers d’action

Si vous êtes propriétaire, la hausse des coûts de l’énergie ne se limite pas à quelques euros de plus sur votre facture. Elle pose surtout une question de fond : comment éviter que ces coûts ne s’installent dans la durée ?

Remplacer une chaudière vieillissante, changer de système de chauffage (pompe à chaleur, électrique performant, poêle), améliorer l’isolation du logement ou réduire sa dépendance aux énergies fossiles permet, concrètement, de limiter l’impact des hausses, autant d’options qui permettent de reprendre la main sur son budget.

Ces ajustements demandent un investissement, parfois conséquent. Mais ils s’inscrivent dans une logique d’anticipation : celle d’un contexte énergétique plus instable, où agir en amont permet d’éviter de subir sur le long terme.

Une hausse subie pour les locataires

Si vous êtes locataire, la situation est plus contraignante. Votre facture énergétique dépend du logement… et des choix de votre propriétaire. Vous ne pouvez pas changer l’isolation ni installer un système de chauffage moins gourmand en énergie sans son accord, ce qui limite vos marges de manœuvre.

Seuls quelques leviers restent accessibles :

  • comparer les fournisseurs et passer à une offre d’énergie renouvelable,
  • adapter ses usages (chauffer moins certaines pièces, privilégier les appareils économes),
  • surveiller les factures et les surcharges éventuelles : la “surcharge énergétique” (un supplément facturé par le fournisseur d’énergie pour répercuter la hausse de ses coûts d’approvisionnement) pourrait réapparaître sur certaines factures, comme elle l’a été en 2022, lors de la guerre en Ukraine.

Pour l’instant, cette surcharge reste à zéro, mais elle traduit une tension latente du côté des fournisseurs.

Les futurs acheteurs ne sont pas épargnés

Des coûts de construction sous pression

La hausse des prix de l’énergie touche aussi le secteur du bâtiment, et vous pourriez le ressentir si vous portez un projet d’achat. Le bois avait déjà augmenté de 35 % en 2022 lors de la guerre en Ukraine (selon le magazine Le Moniteur), et certaines matières premières comme le cuivre ou les produits bitumineux coûtent de plus en plus cher depuis quelques semaines.

Pour autant, la Fédération française du bâtiment (FFB) indique que, pour l’instant, l’approvisionnement reste stable en Europe. Les tensions portent surtout sur le pétrole et ses dérivés, qui pèsent moins sur la construction que le gaz ou l'électricité.

Mais sur le terrain, certaines hausses sont déjà visibles. Les matériaux à base d'aluminium et les produits d'étanchéité ont progressé, le cuivre reste à un niveau élevé, et l'acier et le PVC tiennent pour l'instant, mais pourraient suivre le mouvement si la situation ne se stabilise pas.

Cette situation a un impact indirect sur les futurs acheteurs :

  • des travaux plus onéreux dans l’ancien,
  • une hausse des prix dans le neuf.

La FFB alerte aussi sur un effet indirect : ces tensions fragilisent la confiance des professionnels du secteur, ce qui peut peser sur l'investissement, l'inflation et les conditions de crédit immobilier.

Et les taux immobiliers ?

Après l’énergie et les matériaux, c’est le financement des logements qui pourrait aussi être affecté. Vous devez garder un œil sur les taux immobiliers.

Si les tensions économiques se prolongent, la Banque centrale européenne pourrait relever ses taux directeurs (le taux auquel elle prête de l'argent aux banques). Ce qui se traduit par des crédits immobiliers plus coûteux ce qui réduit la capacité d’emprunt des emprunteurs.

Questions fréquentes

  • Le 19 mars 2026, une attaque a visé le plus grand site de production de gaz naturel liquéfié du Qatar. Dans la foulée, le gaz européen a bondi d’environ 35 %, pour atteindre près de 70 € le mégawattheure, et le pétrole a franchi la barre des 110 dollars le baril. Ces niveaux restent toutefois inférieurs à ceux du début de la guerre en Ukraine en 2022.

  • Cela dépend du type de contrat. Les ménages qui ont souscrit une offre à prix fixe devraient être relativement protégés de la hausse. Ce sont les abonnés aux offres indexées sur le prix du marché qui sont les plus exposés, la variation se répercutant directement sur leur facture.

  • L’OAT à 10 ans, le baromètre suivi par les banques pour fixer leurs taux, est actuellement à 3,81 %, son plus haut niveau depuis juillet 2009. Si les tensions économiques se prolongent, la Banque centrale européenne pourrait aussi relever ses taux directeurs, ce qui rendrait les crédits immobiliers plus coûteux et réduirait la capacité d’emprunt des futurs acheteurs.

  • Pour l’instant, la Fédération française du bâtiment (FFB) indique que l’approvisionnement reste stable en Europe. Mais certains matériaux comme l’aluminium, les produits d’étanchéité ou le cuivre ont déjà progressé, avec un effet indirect possible pour les futurs acheteurs : des travaux plus onéreux dans l’ancien et une hausse des prix dans le neuf.

  • Les locataires ne peuvent pas changer l’isolation ou le système de chauffage sans l’accord du propriétaire. Ils peuvent en revanche comparer les fournisseurs et passer à une offre d’énergie renouvelable, adapter leurs usages (chauffer moins certaines pièces, privilégier les appareils économes) et surveiller leurs factures et les surcharges éventuelles.

Catherine Brezeky
Photo de Aurore Fontaine
Pierre Chapon
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Publié le , mis à jour le - 5 min de lecture