La guerre en Iran a-t-elle réellement eu un impact sur les projets d’achat immobilier des Français ?
Depuis plusieurs semaines, les tensions au Moyen-Orient occupent largement l’actualité. Entre frappes militaires, menaces de ripostes et inquiétudes autour du pétrole, beaucoup se demandent si cette nouvelle crise internationale pourrait finir par peser sur l’immobilier français. Crise énergétique ? Retour de l’inflation ? Hausse des taux ? Si l’on pouvait craindre que l’actualité freine l’envie des Français d’acheter, la réalité est bien différente. Explications.
Inflation, pétrole, taux : pourquoi le conflit inquiète ?
Depuis la fin février, l’escalade militaire au Moyen-Orient a franchi un nouveau cap avec des frappes israélo-américaines contre l’Iran, suivies de ripostes iraniennes visant des bases dans les pays du Golfe. Dans la foulée, le détroit d’Ormuz a été fermé, et il l’est toujours.
Le problème, c’est que ce détroit est un passage maritime par lequel transite environ 20% du pétrole mondial. Quand il ferme, le pétrole ne passe plus et quand il se raréfie, son prix augmente.
Mais alors quel est le lien avec l’immobilier ? La mécanique est assez simple, si le pétrole devient rare, l'énergie coûte plus cher. Si l'énergie coûte plus cher, tout coûte plus cher et quand l'inflation repart, les banques centrales réagissent en maintenant des taux élevés. Ce qui, au bout de la chaîne, peut renchérir les crédits immobiliers.
Mais l’histoire invite aussi à relativiser. D’autres conflits au Moyen-Orient, comme la guerre du Golfe ou la guerre en Irak, ont eu des effets plus limités et souvent temporaires sur les prix de l’énergie, sans provoquer de hausse durable des prix. Tout dépend finalement de l’ampleur du conflit et de sa durée réelle.
Et depuis février, le marché immobilier français ne semble pas montrer de véritable signe de panique.
La dynamique des acheteurs ne faiblit pas
Chez les professionnels du secteur, le marché ne donne en effet pas vraiment l’impression d’être à l’arrêt. Selon l’Observatoire PAP, la dynamique est positive depuis le début de l’année. Entre le 1er janvier et le 27 février 2026, le volume d’acheteurs a progressé de +2,9 % par rapport à la même période en 2025. Et le plus intéressant, c’est que le déclenchement du conflit n’a pas vraiment modifié cette tendance : entre le 28 février et le 19 mars, le nombre d’acheteurs a encore augmenté de 2,1 % vs 2025.
Chez Pretto, le constat est similaire. Le nombre de simulations de crédit a progressé de 36,8 % entre le 28 février et début mai 2026 (vs la même période en 2025). La guerre en Iran ne provoque donc pas de retrait massif des acheteurs. Elle semble plutôt coexister avec la petite reprise amorcée depuis le début de l’année.
Un marché qui poursuit sa reprise progressive
PAP a d’ailleurs interrogé plus de 2 100 acheteurs en mars 2026sur l’impact du conflit sur leur décision d’achat. Les réponses sont assez claires : 78 % des acheteurs déclarent que la guerre en Iran ne change rien à leur projet immobilier.
Même ressenti du côté des courtiers Pretto. “Il y a un mois encore, on avait énormément de questions. Beaucoup nous demandaient si le contexte mondial et la guerre pouvaient remettre en cause leur projet immobilier ou leur crédit. Aujourd’hui, on sent que l'anxiété est moins figée et que les clients comprennent et intègrent la complexité du paysage international.”, témoigne Charlotte Mathey, courtière chez Pretto.
Mais pourquoi les acheteurs souhaitent concrétiser leur projet malgré le contexte ? N'oublions pas qu’un projet immobilier dépend d’abord d’une situation personnelle plutôt que de l’actualité internationale.
D’autant que les conditions de financement restent relativement favorables et les taux immobiliers sont plutôt stables (autour de 3,27 % sur 15 ans, 3,42 % sur 20 ans et 3,50 % sur 25 ans en mai selon nos chiffres). Et surtout, les banques n’ont pas fermé le robinet du crédit, en particulier pour les profils jugés les plus rassurants (bons revenus, épargne conséquente).
Questions fréquentes sur l’impact du contexte mondial sur le marché
Lorsqu’un conflit international perturbe l’économie mondiale, les marchés financiers deviennent plus prudents. Les prix de l’énergie peuvent augmenter et avoir un effet domina qui alimente l’inflation. En réaction, les banques centrales comme la Banque Centrale Européenne (BCE) peuvent maintenir des taux élevés plus longtemps. Et derrière, les banques répercutent une partie de ces tensions sur les crédits immobiliers.
Une légère hausse des taux n’impacte que faiblement la capacité d’emprunt. Exemple : un couple qui gagne 6 000 €, avec 2 000 € de mensualité maximale. À 3,40 % sur 20 ans, il peut emprunter environ 344 700 €. À 3,50 %, cette capacité tombe à environ 341 600 €, soit près de 3 100 € de moins.
Même en période d’incertitude, les banques continuent de prêter car le crédit immobilier reste un véritable produit d’appel pour elles. Accorder un prêt permet souvent à une banque de gagner un nouveau client et, derrière, de vendre d’autres produits (assurance, épargne, cartes bancaires ou placements).
Beaucoup d’établissements cherchent donc à relancer leur production de crédit et restent compétitifs, surtout au printemps, une période traditionnellement dynamique sur le marché immobilier. Cette logique commerciale explique pourquoi les écarts de taux et de conditions peuvent encore être importants d’une banque à l’autre, même dans un contexte international tendu. Comparer n’a jamais été aussi utile.
Publié le 13 mai 2026
