Quelles sont les conséquences de la réunion de la BCE sur vos taux ?

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Mauvaise nouvelle pour les emprunteurs, la Banque Centrale Européenne (BCE) vient de relever ses taux directeurs pour la première fois depuis 2023. En cause, le retour de l’inflation alimenté par la guerre au Moyen-Orient, et en ligne de mire, une remontée des taux immobiliers qui pourrait freiner la reprise du marché avant même qu’elle ne s’installe vraiment. 

Le conflit au Moyen-Orient rebat les cartes 

Alors que le marché immobilier tentait peu ou prou de tourner la page après deux années difficiles, la guerre au Moyen-Orient est venue rebattre les cartes. Depuis fin février, les tensions dans la région ont provoqué un choc économique en cascade, qui s'est ajouté à des incertitudes déjà pesantes et a fragilisé la reprise qui commençait à se dessiner.

Les inquiétudes autour du détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour une grande partie du pétrole mondial, ont notamment fait grimper les prix de l'énergie. Or, lorsque l'énergie coûte plus cher, les répercussions se font rapidement sentir dans l'ensemble de l'économie : transport, production, consommation des ménages, investissement des entreprises ou encore échanges commerciaux.

Alors l'inflation est repartie à la hausse. En mai, elle a atteint 3,2 % sur un an dans la zone euro, bien au-dessus de l'objectif de 2 % fixé par la BCE. Et le retour à la normale ne semble pas pour demain : “selon le scénario de référence des dernières projections macroéconomiques des services de l’Eurosystème, l’inflation totale devrait s’établir en moyenne à 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028”, explique la BCE dans un communiqué du 11 juin 2026.

La BCE change de cap 

Ce retour en flèche de la hausse des prix a donc poussé la BCE à relever son taux directeur (le taux auquel elle prête de l'argent aux banques commerciales) ce jeudi 11 juin. « Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur ce choc », déclarait déjà le 1er juin Isabel Schnabel, membre du directoire de l'institution.

Sans grande surprise, Christine Lagarde a donc annoncé une hausse de 0,25 point du taux de dépôt (le taux auquel la BCE rémunère les banques lorsqu’elles déposent leur argent), désormais fixé à 2,25 %, contre 2 % depuis juin 2025. Le taux de facilité de prêt marginal, utilisé lorsque les banques ont besoin d'argent en urgence, atteint quant à lui 2,65 %. La hausse est d’autant plus symbolique puisqu’il s’agit de la première augmentation depuis 2023.

Les perspectives demeurent incertaines, avec des risques haussiers pour l’inflation et des risques baissiers pour la croissance économique. Avec la décision prise ce jour, le Conseil des gouverneurs reste en bonne position pour faire face à l’incertitude provoquée par la guerre. Il surveillera de près la situation et suivra une approche s’appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l’orientation appropriée de la politique monétaire., explique Christine Lagarde, présidente de la BCE, lors de la conférence de presse de la Banque Européenne le jeudi 11 juin. 

Hausse des taux : quel impact sur votre crédit immobilier ? 

Alors, votre futur crédit immobilier risque-t-il de coûter plus cher dans les prochaines semaines ?

C’est fort probable. Après l’augmentation des taux de la BCE, les banques devraient suivre. Mais les emprunteurs ne verront pas forcément l’impact immédiatement, il faut généralement quelques semaines avant que cette évolution se reflète dans les offres de crédit. 

Comme l’ont montré les années 2022 et 2023, une hausse des taux de la BCE ne se répercute pas automatiquement à l’identique sur les taux immobiliers. En réalité, plusieurs éléments influencent les taux proposés aux emprunteurs :

  • le coût auquel les banques elles-mêmes empruntent de l’argent,
  • les taux des marchés financiers (notamment l'OAT 10 ans, taux auquel l’État français emprunte sur dix ans, souvent utilisé comme référence), 
  • et enfin la stratégie des banques, qui peuvent ajuster leurs taux en fonction de la concurrence.

Le marché immobilier face à un nouveau coup de frein 

Deuxième effet de cette hausse des taux, elle pourrait également peser sur l’activité immobilière au sens large.

Lorsque le crédit coûte plus cher, les Français ont tendance à emprunter moins ou à reporter leur projet d'achat. Le nombre de transactions pourrait donc diminuer et le marché ralentir. « Sur les dix dernières années, le lien entre le recours au crédit et son coût a été réaffirmé », soulignait début juin José Bardaji, directeur Études et Prospective du Groupe BPCE. Entre 2015 et 2025, chaque hausse d'un point de pourcentage des taux d'intérêt s'est accompagnée d'une baisse de près de 6 points du nombre d’acquéreurs ayant recours à un crédit immobilier.

Questions fréquentes sur les taux

  • Les taux immobiliers moyens observés par Pretto en juin 2026 sont de 3,37 % sur 15 ans, 3,47 % sur 20 ans et 3,53 % sur 25 ans. Par rapport à mai, les évolutions restent limitées, avec des variations comprises entre -0,01 et +0,15 point selon les profils et les durées.

  • Malgré le contexte, pour l’instant, les banques françaises ne ferment pas le robinet du crédit. Plusieurs établissements poursuivent même leurs offensives commerciales, même si elles vont certainement suivre les taux directeurs de la BCE dans les prochaines semaines.

  • Les taux immobiliers font le yoyo depuis le début de l’année, avec une tendance à la hausse. Si les taux immobiliers évoluent, ce n’est pas uniquement au bon vouloir des banques. En dehors des décisions de la BCE, ils réagissent à d’autres facteurs comme l’inflation, l’OAT, le contexte géopolitique, les marchés financiers et la stratégie commerciale des banques.

Ingrid Servaes
Écrit par
Publié le 11 juin 2026, mis à jour le 12 juin 2026 - 4 min de lecture