La BCE maintient ses taux en juillet... pour mieux les augmenter à la rentrée ?

Mis à jour le 23 juillet 2026
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Actualisés chaque semaine grâce à plus de 1 000 réponses bancaires sur les dossiers Pretto, ces taux affichent l'évolution du marché d'un mois à l'autre.

Après avoir surpris tout le monde en juin avec sa première hausse de taux en trois ans, on se demandait à quelle sauce la Banque centrale Européenne allait cuisiner les taux. Réponse ce jeudi 23 juillet : statu quo. Pourtant, plusieurs économistes partagent que cette stabilité ne sera que de courte durée. On fait le point sur ce que ça change concrètement pour votre projet immobilier. 

Ce que la BCE a décidé ce jeudi

Sans surprise, la Banque centrale européenne (BCE) a choisi de ne pas modifier ses taux d'intérêt à l'issue de sa réunion de ce jeudi. Une décision largement anticipée par les économistes, qui s'attendaient à un statu quo depuis plusieurs jours.

Concrètement, les trois principaux taux directeurs restent inchangés. Le taux de dépôt, qui rémunère les liquidités que les banques placent auprès de la BCE, demeure fixé à 2,25 %. Le taux de refinancement, auquel les banques peuvent emprunter auprès de l'institution, reste à 2,40 %. Enfin, le taux de prêt marginal, utilisé par les banques pour des emprunts de très court terme, est maintenu à 2,65 %.

Cette décision s'inscrit dans la continuité de la hausse annoncée le 11 juin. À l'époque, la BCE avait justifié ce relèvement par le regain d'inflation provoqué notamment par les tensions au Moyen-Orient et la hausse des prix du pétrole. En choisissant aujourd'hui de ne pas aller plus loin, elle préfère observer l'évolution de la situation économique avant d'éventuelles nouvelles décisions.

Pourquoi une pause maintenant ?

En laissant ses taux inchangés, la BCE envoie un message simple : elle estime qu'il est encore trop tôt pour décider d'un nouveau relèvement et plusieurs facteurs expliquent cette prudence.

D'abord, l'inflation évolue de manière très différente selon les pays de la zone euro. Si elle est redescendue à 1,8 % en France selon l’Insee, elle est encore 3,2 % en Espagne. Or, la mission de la BCE est de maintenir l'inflation autour de 2 % dans l'ensemble de la zone euro. Il est plus difficile de justifier une nouvelle hausse des taux qui s'appliquerait à tous les États membres.

Ensuite, l'institution de Francfort est plutôt pragmatique. Depuis plusieurs mois, Christine Lagarde répète que les décisions sont prises en fonction des données économiques disponibles, et non selon un calendrier fixé à l'avance. Une décision qui reflète aussi les nombreuses incertitudes géopolitiques, notamment celles venues des États-Unis.

N'oublions pas non plus que cette réunion de juillet intervient sans la publication de nouvelles projections économiques. Ces prévisions, qui ne sont mises à jour que tous les trimestres, sont pourtant un outil important pour évaluer l'évolution de l'inflation et de la croissance. Sans elles, difficile pour la BCE d'avoir toutes les cartes en main pour ajuster correctement sa politique monétaire.

Ce que ça change (ou pas) pour vos taux de crédit immobilier

Cette décision va-t-elle chambouler les taux des crédits immobiliers ? Pas directement, mais un autre indicateur, beaucoup moins connu du grand public, mérite toute votre attention. 

Les taux directeurs de la BCE influencent avant tout le coût auquel les banques se financent à court terme. Mais lorsqu'elles fixent les taux des crédits immobiliers, elles regardent surtout l'évolution de l'OAT à 10 ans, c'est-à-dire le taux auquel l'État français emprunte sur les marchés financiers. C'est cet indicateur qui donne généralement la tendance du marché.

Et justement, l'OAT à 10 ans connaît une nette remontée depuis plusieurs semaines. Après avoir évolué autour de 3,65 % au début du mois de juillet, elle a dépassé les 4 % ce jeudi, atteignant jusqu'à 4,13 % en séance, un niveau inédit depuis octobre 2008. Cette progression reflète les craintes des investisseurs face à un possible retour durable de l'inflation.

Pour autant, cette hausse ne se répercute pas immédiatement sur les taux des crédits immobiliers. Les banques ajustent leurs barèmes avec un certain décalage, souvent de quelques semaines à quelques mois. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit après la hausse des taux directeurs décidée en juin. Malgré cette décision de la BCE, les établissements ont globalement maintenu des conditions de crédit stables. Voici les taux actuellement constatés en juillet chez Pretto :

DuréeTaux moyenTaux barèmeTendance
10 ans3,37 %3,47 %
En baisse
15 ans3,45 %3,55 %
En baisse
20 ans3,50 %3,60 %
En baisse
25 ans3,60 %3,70 %
En baisse

Taux fixes négociés par Pretto constatés le 20/07/2026.

En revanche, si l'OAT à 10 ans devait rester durablement au-dessus des 4 %, une remontée progressive des taux par les banques deviendrait un scénario crédible dans les prochaines semaines.

Faut-il craindre une hausse à la rentrée ?

Telle est la question, mais elle mérite d'être nuancée. Si ce n'est pas le scénario central, c'est une possibilité parmi d'autres. Ce qui compte davantage pour anticiper la suite, c'est le ton employé en conférence de presse : un discours ferme sur les risques inflationnistes peut préparer les marchés à une hausse en septembre, tandis qu'un ton plus mesuré tend plutôt vers une stabilisation durable.

Le risque n'est pas tant "la BCE va-t-elle remonter ses taux en septembre" (peu probable) que "l'OAT va-t-elle rester durablement au-dessus de 4 %", ce qui a bien plus de chances d'influencer votre taux de crédit d'ici la rentrée.

Dans tous les cas, même dans l'hypothèse d'une hausse, l'effet sur votre mensualité reste limité, comme le montre le tableau ci-dessus. Rien qui justifie de tout suspendre à un calendrier de banque centrale… À bon entendeur. 

Questions fréquentes sur la décision de la BCE

  • Plutôt que de parier sur ce que fera la BCE en septembre, mieux vaut se concentrer sur ce qui dépend réellement de vous :

    • Préparer son dossier dès maintenant : comptes bien tenus, apport solide, crédits à la consommation limités.
    • Comparer les banques : à profil identique, l'écart entre deux établissements peut représenter plusieurs dizaines de centièmes de point, soit plusieurs milliers d'euros sur la durée du prêt.
    • Ne pas attendre une hypothétique baisse : rien ne garantit qu'elle survienne, et le scénario le plus probable reste la stabilité plutôt qu'un mouvement brutal dans un sens ou dans l'autre.
  • Oui, indirectement. Le taux d'usure (le plafond légal au-delà duquel une banque ne peut pas prêter) est révisé chaque trimestre par la Banque de France sur la base des taux moyens pratiqués. Si les taux de crédit remontent suite à la hausse de l'OAT, le taux d'usure suivra progressivement. Cela peut temporairement bloquer l'accès au crédit pour les profils les plus fragiles.

  • Aucun effet direct. L'assurance emprunteur dépend de votre profil personnel (âge, état de santé, profession) et non des taux directeurs ou de l'OAT.

Charlotte Papin
Catherine Brezeky
Écrit par relu par
Publié le 23 juillet 2026, mis à jour le 23 juillet 2026 - 5 min de lecture