Loi investissement locatif

Le dispositif Jeanbrun peut-il vraiment relancer l’investissement locatif ?

/v1612962360/logo/Favicon.svg
Ingrid Servaes
Rédigé le 2 février 2026
v1770029750/website/highlight/dispositif-jeanbrun.png

Le nouveau “dispositif Jeanbrun”, intégré au budget 2026, veut redonner de l’élan à l’investissement locatif. Présenté comme le successeur du Pinel, ce statut du bailleur privé promet un avantage fiscal renforcé, accessible partout en France. Mais attention, entre engagement de 9 ans minimum, loyers plafonnés et travaux obligatoires, ce dispositif convient surtout aux investisseurs patients, prêts à accepter des revenus locatifs plus faibles au départ, en échange d’un avantage fiscal sur la durée.

Infos clés

  • L’investissement locatif s’est effondré : –55 % de ventes dans le neuf en un an (selon la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI)).

  • L’offre locative aurait reculé de 15 % en cinq ans, selon le gouvernement.

  • Le dispositif Jeanbrun permettra une déduction maximum de 12 000 € sur les loyers imposables.

  • Le dispositif reste contraint : loyers plafonnés, engagement long (9 ans), fortes exigences dans l’ancien.

L’investissement locatif en panne sèche

L’investissement locatif est en panne. La fin du dispositif Pinel début 2025 a laissé un vide que le marché n’a pas absorbé. Sans relais fiscal immédiat, de nombreux particuliers ont suspendu leurs projets.

Selon la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), les ventes de logements neufs destinés aux investisseurs ont chuté de 55 % en un an. Même la location de courte durée, longtemps perçue comme une alternative rentable, devient plus incertaine. Le durcissement des règles encadrant les meublés touristiques fragilise un modèle sur lequel reposait une partie des stratégies d’investissement des particuliers.

Paradoxalement, l’investissement locatif perd en attractivité alors que la demande de logements n’a jamais été aussi forte. D’après le gouvernement, l’offre locative aurait reculé de 15 % en cinq ans.

C’est dans ce contexte que le budget 2026 a introduit le plan Relance logement, aussi appelé dispositif Jeanbrun. « Il va redevenir pleinement utile et rentable d’investir dans la pierre », a affirmé le ministre du Logement Vincent Jeanbrun sur BFM Business.

À noter

Le gouvernement affiche un objectif ambitieux : relancer l’investissement pour produire 2 millions de logements d’ici 2030, dont 50 000 dès cette année grâce à ce dispositif.

Des promesses fiscales solides…

Jusqu'à 12.000 euros de réduction du revenu imposable.

Un investisseur qui achète un appartement pour le louer pourra déduire de ses revenus locatifs :

  • une part du prix d’achat du bien,

  • toutes les charges liées à la location : travaux, intérêts d’emprunt, taxe foncière…

Le dispositif autorise :

  • jusqu’à 12 000 € d’amortissement par an,

  • jusqu’à 10 700 € de déduction sur les autres revenus (salaires, pensions…)

Un dispositif accessible partout en France

Contrairement au Pinel, il n’y a pas de zonage. Le dispositif Jeanbrun s’applique partout en France, en métropole comme en Outre-mer. L’idée est de produire du logement « partout, pour tous », d’après le Ministre du Logement, sans se limiter aux zones tendues.

Exemple

Un ménage achète en 2026 un appartement à 180 000 €. Il apporte 30 000 € d’épargne et emprunte 150 000 €.

Après 10 ans de détention, le plan Relance logement (dispositif Jeanbrun) peut permettre :

  • zéro impôt sur les revenus locatifs,

  • 16 000 € déductibles de l’impôt sur le revenu. (Source : Service d’information du Gouvernement)

… mais un cadre encore très contraint

Tel qu’il apparaît aujourd’hui dans le projet de loi de finances 2026, le dispositif Jeanbrun est plutôt bien accueilli par le secteur. Mais derrière ce premier signal positif, les professionnels identifient déjà plusieurs limites susceptibles d’en restreindre la portée.

Une durée d’engagement longue

Pour bénéficier de l’avantage fiscal, le logement doit être loué nu, pendant au moins 9 ans.

Ce principe existait déjà avec le Pinel, mais la durée minimale passe de 6 à 9 ans. Concrètement, l’investisseur s’engage sur le long terme, avec moins de souplesse pour arbitrer son patrimoine en cours de route.

Bon à savoir

Pour prévenir les fraudes, les locations dans le cercle familial proche sont interdites.

Des loyers plafonnés

Autre contrainte : l’impossibilité de pratiquer des loyers de marché. Pour accéder au dispositif, le bailleur doit proposer un loyer dit “abordable”. Le gouvernement a retenu trois niveaux :

  • intermédiaire : –15 % par rapport au marché

  • social : –30 %

  • très social : –45 %

Plus le loyer est bas, plus l’amortissement fiscal est important. Pour certains investisseurs, cette logique peut toutefois réduire la rentabilité immédiate, surtout dans les zones où les prix d’achat restent élevés.

Des exigences lourdes dans l’ancien

Le dispositif s’ouvre à la fois au neuf et à l’ancien. Sur le papier, c’est un élargissement important. Dans la pratique, l’accès à l’ancien reste très encadré.

Les taux d’amortissement varient selon deux critères : le niveau de loyer appliqué et la nature du bien. Mais dans l’ancien, l’investisseur doit réaliser des travaux représentant au moins 30 % du prix d’achat.

Taux d’amortissement selon le type de bien :

Type de bienLoyer intermédiaireLoyer socialLoyer très social
Neuf3,5 %4,5 %5,5 %
Ancien (avec ≥ 30 % de travaux)3 %3,5 %4 %

Peu de biens anciens éligibles ?

Selon l’ANACOFI IMMO, cette exigence limite fortement le nombre de biens réellement éligibles. Rénover un appartement ancien à ce niveau peut s’avérer techniquement complexe, coûteux et long, sans parler des contraintes d’autorisation en copropriété. “Cela dépend vraiment du prix d’achat au départ”, a concédé Vincent Jeanbrun. “Si vous achetez un bien pas très cher, vous pouvez ensuite atteindre très vite les 30% de rénovation”, au micro de BFM.

Les maisons totalement exclues

Dernière restriction forte : le dispositif vise uniquement les logements dans un “bâtiment d’habitation collectif”. En clair, seuls les appartements sont éligibles.

Les maisons individuelles sont exclues du champ du dispositif. Or les besoins en logements ne se concentrent pas uniquement dans les grandes métropoles, et la production d’immeubles collectifs n’est pas toujours possible dans certaines zones.

L’investissement locatif en maison reste donc peu soutenu fiscalement, alors même qu’il pourrait répondre à une partie de la demande dans les territoires moins denses.

Le dispositif Jeanbrun marque une volonté claire de l’État de soutenir l’investissement locatif. Sur le papier, l’avantage fiscal est réel et le périmètre élargi peut redonner envie à certains investisseurs de revenir sur le marché, mais les contraintes sont fortes et rendent le mécanisme sélectif, surtout dans l’ancien.

Questions fréquentes sur l’investissement en 2026

Le dispositif Jeanbrun remplace-t-il définitivement le Pinel ?

Oui, le Pinel a pris fin début 2025. Le dispositif Jeanbrun le remplace avec trois différences majeures : pas de zonage géographique, engagement minimum de 9 ans (contre 6 ans), et amortissement fiscal jusqu'à 12 000 €/an (contre réduction d'impôt directe dans le Pinel).

Quel est l’avantage fiscal maximal ?

Le dispositif permet jusqu’à 12 000 € d’amortissement par an. Il est également possible de déduire jusqu’à 10 700 € sur les autres revenus. Le gain réel dépend du prix d’achat, du niveau de loyer choisi et de la situation fiscale de l’investisseur.

Le dispositif peut-il vraiment relancer le marché ?

Il peut recréer un cadre incitatif, mais son efficacité dépendra de son appropriation par les investisseurs et de la capacité du marché à absorber les contraintes qu’il impose.