Et si demain, nos maisons étaient faites en coquillages ?

Construire des maisons en coquillages n’est pas encore une réalité, mais des matériaux de construction à base de coquillages, si : la start-up française Ostrea Design recycle des coquilles de coquillages, dont 95 % ne sont aujourd’hui pas recyclées en France, pour fabriquer le Terrazzo marin, un néo-matériau écologique composé à 65 % de coquillages et 35 % de ciment argileux, sans aucun élément pétro-sourcé. Une piste parmi d’autres pour un secteur du bâtiment responsable de 16 % des émissions de gaz à effet de serre en France.
Comment est née l’idée d’Ostrea Design ?
Outre les professionnels du secteur du bâtiment, de l’architecture ou de la décoration, il arrive aussi que des particuliers comme vous et moi (ou presque) aient L’IDÉE qui permettra de créer une nouvelle sorte de néo-matériaux. C’est le cas d’Ostrea Design qui a vu le jour sous l’égide de Tanguy, Théo, Maxime et Camille, quatre amis amoureux de la mer. En pleine période de Covid, ils se sont demandés que faire des centaines de milliers de tonnes de coquillages consommés au lieu de les enfouir dans la mer comme c’était alors le cas. Car, comme l’explique Adam Habouria, responsable prescripteur au sein d’Ostrea Design, "Cet enfouissement déséquilibre l’environnement marin. Aujourd’hui, on produit 250 000 tonnes de coquillages par an en France et 95 % ne sont pas recyclés."
C’est ainsi que le Terrazzo marin a vu le jour et s’avère être une des alternatives au béton, au plastique ou autre matériau. Et le champ des possibles est large face à la quantité de déchets amoncelés…
Comment le Terrazzo marin est-il fabriqué ?
Chez Ostrea Design, la réflexion des créateurs s’est orientée vers un recyclage des coquilles de coquillages car, "Ils sont riches en carbonate de calcium, un constituant résistant, les créateurs ont vu le potentiel." De fil en aiguille, avec les investissements de business angels et grâce à une multitude de tests de garage et d’essais en Recherche et Développement (R&D), l’équipe a pu développer un produit solide à base de "65 % de paillettes de coquillages et 35 % de ciment argileux (bien moins coûteux qu’un ciment classique), coupé à des adjuvants minéraux et à de la poudre de coquillage. Il ne contient aucun élément pétro-sourcé."
La petite équipe remporte le prix de l’innovation 2021 avec Emergys Bretagne, une opportunité qui l’amène à poursuivre le financement de la R & D de leur matériau. Pour la petite histoire, la commercialisation a débuté en mars-avril 2022, soit après deux années de travail acharné, de motivation inébranlable et de développement nécessaire pour faire naître le produit auquel les quatre amis ont cru. Coquillage sur le gâteau, Ostrea Design est lauréate du salon Maison et Objet en 2023.
Vous l’aurez compris, les néo-matériaux, c’est pas du "tout cuit" !
Et demain, des logements en coquillages ?
Pourquoi pas ? L'idée de recycler les coquilles de coquillages consommés pour construire des habitats peut sembler futuriste, mais elle repose sur des principes écologiques et techniques déjà établis. Les coquilles de mollusques sont composées principalement de carbonate de calcium, un matériau qui entre dans la composition de bétons, asphaltes et mortiers largement utilisés dans le bâtiment.
"Il existe un mouvement autour des matériaux éco en ce moment. Nous avons participé à un salon dernièrement à Paris et nous étions dans un corner avec une vingtaine de marques d’éco-matériaux. Peut-être qu’à l’avenir, ces matériaux régneront. En tout cas on l’espère !" souhaite Adam Habouria.
Pour Ostrea Design, l’avenir se dessine positivement, preuve que les néo-matériaux s’installent progressivement. "Nous venons de conclure une levée de fonds et nous déménageons dans une nouvelle usine l’an prochain. Nous allons décupler notre capacité de production qui passera de 1 500 mètres carrés à 15 000 mètres carrés. Nous sommes prêts à revêtir la France entière de coquillages !" plaisante Adam Habouria. Et d’ici 2-3 ans, Ostrea Design espère atteindre une capacité de production industrielle. "Nous sommes assez confiants pour sortir des revêtements muraux et de sol en 2025. Nos tests en interne tiennent la route, il nous faut maintenant passer à l’acte et certifier nos produits."
Certes la route est encore longue avant de voir émerger des bâtiments entièrement élaborés en coquilles de coquillages, mais des initiatives comme celles d’Ostrea Design ouvrent la voie à cette possibilité. L’implication de l’équipe prouve que ce type de déchets peut être transformé en objets de décoration et en revêtements, alors pourquoi pas parfaitement intégrés dans l’architecture de demain. On a hâte de faire un pas en 2050, pas vous ?
Questions fréquentes
Pas encore. Aujourd’hui, les coquilles de coquillages recyclées servent à fabriquer des revêtements muraux, des sols et des objets de décoration, comme le Terrazzo marin d’Ostrea Design, mais aucun bâtiment n’est encore entièrement construit avec ce matériau.
Le Terrazzo marin est composé à 65 % de paillettes de coquilles de coquillages et à 35 % de ciment argileux, coupé à des adjuvants minéraux et à de la poudre de coquillage. Il ne contient aucun élément pétro-sourcé et sèche via une cure naturelle, sans cuisson.
La France produit environ 250 000 tonnes de coquillages par an, dont 95 % ne sont pas recyclés. Historiquement enfouies en mer, ces coquilles déséquilibrent l’environnement marin ; leur recyclage en matériau de construction offre un débouché écologique à ce déchet.
Ostrea Design a lancé la commercialisation de son Terrazzo marin en mars-avril 2022, après deux ans de recherche et développement. La start-up a remporté le prix de l’innovation Emergys Bretagne en 2021 et a été lauréate du salon Maison et Objet en 2023.
Ostrea Design vise le lancement de revêtements muraux et de sol certifiés, et prévoit de multiplier par dix sa capacité de production (de 1 500 à 15 000 m²) pour industrialiser sa fabrication.