Innovation ou mirage : les néo-matériaux peuvent-ils vraiment transformer nos maisons ?


Catherine Brezeky
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Publié le , mis à jour le - 5 min de lecture
Maison écologique à toit végétalisé illustrant les néo-matériaux de construction

Pierre, sable, mortier, briques façonnent nos habitats depuis la nuit des temps. Depuis quelques années, les néo-matériaux bousculent ces pratiques traditionnelles : un néo-matériau est un nouveau composant destiné à remplacer les matériaux de construction classiques, biosourcé (chanvre, paille, bois) ou issu du réemploi de déchets, avec pour ambition de réduire l’impact environnemental du bâtiment sans perdre en performance technique. Le recul sur ces matières récentes reste toutefois insuffisant pour juger leur impact réel à long terme, selon la décoratrice éco-responsable Lauranne Baudin.

Au fait, c’est quoi un néo-matériau ?

Un néo-matériau, c’est un nouveau composant destiné à remplacer ou pallier ceux qui sont habituellement utilisés. Le chanvre ou même certains champignons en sont de bons exemples : vous trouverez une multitude de néo-matériaux élaborés sur la base de recherches souvent assez pointues.

En étant élaborés puis employés, les néo-matériaux ont pour ambition de réduire l’impact environnemental tout en offrant les performances techniques attendues (phoniques, thermiques, mécaniques…). Pensés et façonnés grâce à la science et/ou à l’implication de leurs créateurs, ils motivent la réalisation de nouveaux projets architecturaux et de décoration.

Eh oui, face aux ressources qui s’amenuisent, les spécialistes du secteur de la construction et du design se mettent au travail, une façon de se rendre utiles pour l’environnement tout en exerçant leur métier en sortant des sentiers battus.

Mais à quoi ressemble un néo-matériau ?

  • Les matériaux biosourcés : issus de la biomasse (bois, paille, chanvre), une ressource connue depuis des siècles mais aujourd’hui retravaillée pour optimiser ses propriétés.
  • Les matériaux issus du réemploi ou de la revalorisation de déchets : coquillages, bouchons de liège, drêche de bière, restes de cuir de sellerie, volants de badminton, textile ou plastique, transformés en isolants, revêtements de meubles ou objets design.
  • Les matériaux issus du mycélium : ces fibres blanchâtres des champignons, que quelques créateurs, architectes ou designers(ses) utilisent pour donner vie à des meubles, des briques et même à du cuir végétal.

Les néo-matériaux : zéro impact environnemental ?

Pour Lauranne Baudin, le recul sur les nouveaux matériaux n’est pas encore suffisamment grand. "Ce sont des matières nouvelles encore en cours de développement et en constante évolution. Comme toute découverte, le temps permettra d’être certain de leur influence sur la biodiversité et la santé humaine, mais aussi de connaître leur durée de vie."

Néanmoins, ceux qui sont derrière les néo-matériaux contribuent à faire bouger les choses car "c’est en soi du recyclage. Le recyclage c’est ‘le processus de collecte, de traitement et de transformation des déchets pour les réintroduire dans le cycle de production.’ Les déchets peuvent être aussi organiques. Les marques comme Compo’plume qui recycle des volants de badminton et Ostrea Design sont des néo-matériaux et donc du recyclage. En France, cette valorisation est encouragée, mais c’est également un bon appui marketing pour nous faire consommer…" explique Lauranne Baudin.

Si la jeune décoratrice est une fervente défenseuse de la cause environnementale à travers son métier et met en avant "quand elle le peut" les matériaux écologiques, elle nuance, "Même face à un produit 100 % recyclable, l’impact est réel sur notre environnement, même s’il est faible."

Les néo-matériaux : en passe de changer le monde (de la construction) ?

Lauranne Baudin analyse l’émergence des néo-matériaux comme "une aide à la réduction des déchets mais aussi un moyen de les revaloriser sous une autre forme pour permettre, entre autres, de limiter l’utilisation d’autres ressources qui commencent à être rares."

Les bouchons de liège sont recyclés en panneaux de sols, en objets de décoration ou en sols pour les aires de jeux et le béton à base de lin est d’ores et déjà employé pour la construction de bâtiments. Alors oui, tout nous laisse à penser que les néo-matériaux n’ont pas fini de faire parler d’eux !

Vous l’avez peut-être remarqué : les préoccupations environnementales montent en puissance. Face à cela, les réglementations en matière de performance énergétique sont de plus en plus strictes, à l’image du label bâtiment biosourcé, révisé en 2024 par le ministère de la Transition écologique pour s’aligner sur la RE2020 et valoriser le carbone biosourcé stocké dans les constructions neuves. Cela nous laisse penser que les néo-matériaux ont un avenir prometteur, d’autant plus lorsque les architectes, ingénieurs ou autres professionnels du secteur s’en emparent pour édifier des bâtiments résilients et écologiques.

Les néo-matériaux seraient-ils donc une réponse concrète aux défis du secteur du bâtiment ? Leur développement pourrait bien marquer le début d’une nouvelle façon de construire et de vivre, car l’avenir repose sur des constructions écologiques et non énergivores, au cœur de l’habitat du futur.

Néanmoins, face à cette vague architecturale et de design autour des néo-matériaux, Lauranne Baudin prévient, "L’homme créera toujours des déchets et pour les réduire, il faut envisager de se trouver dans une démarche éco-responsable. Le réemploi ou la réutilisation sont les premières solutions qui visent à réduire notre empreinte carbone. Je pense qu’avant d’aller vers des néo-matériaux, la deuxième main et la valorisation des objets et matériaux déjà sur place doit s’envisager sérieusement." Et puis il faut dire que, la plupart du temps, miser sur ces solutions permet aussi de construire sa maison avec un petit budget, un argument qui pèse dans la balance !

Elle conclut, "Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas." Tout est dit. À vous de voir si ces matériaux ont leur place dans votre prochain projet.

Questions fréquentes

  • Un néo-matériau est un nouveau composant destiné à remplacer ou pallier les matériaux de construction habituellement utilisés, conçu pour réduire l’impact environnemental tout en conservant les performances techniques attendues (phoniques, thermiques, mécaniques).

  • Le béton de chanvre (mélange de chènevotte, chaux et eau) et le béton à base de lin sont déjà employés dans la construction de bâtiments. D’autres néo-matériaux, comme ceux issus du liège, des coquillages ou du mycélium, sont surtout utilisés pour l’isolation, le revêtement ou les objets design.

  • Pas totalement sans impact : selon la décoratrice éco-responsable Lauranne Baudin, même un produit 100 % recyclable a un impact réel sur l’environnement, même s’il est faible. Le recul manque encore pour évaluer leur influence à long terme sur la biodiversité et la santé humaine.

  • Pas immédiatement selon Lauranne Baudin : avant de se tourner vers des néo-matériaux, elle recommande d’abord d’envisager le réemploi et la valorisation des matériaux déjà sur place, une démarche qui réduit l’empreinte carbone et reste souvent plus intéressante en budget.

Catherine Brezeky
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