Béguinage : ils ont testé la coloc entre seniors dans la Sarthe


Catherine Brezeky
Hélène Fruminet
Écrit par relu par
Publié le 5 novembre 2024, mis à jour le 24 juillet 2026 - 5 min de lecture
Couple de seniors jouant aux échecs, illustration du béguinage et de la colocation entre personnes âgées

Le béguinage est un mode de vie solidaire où des personnes âgées cohabitent, chacune dans son propre logement, pour mieux vieillir en rompant l’isolement. Rien à voir avec un crush de cour de récré : c’est une colocation du 3e âge organisée autour d’espaces partagés et d’entraide. Dans la Sarthe, des seniors ont testé au quotidien ce mode de vie communautaire, entre autonomie préservée et solidarité de voisinage.

Le béguinage : la coloc du Moyen Âge

Le béguinage trouve ses origines au Moyen Âge. Il s’adressait souvent aux femmes veuves, célibataires ou désargentées, qui décidaient de s’entraider en vivant ensemble. La coloc de Friends… avant l’heure.

Cette communauté était sous l’autorité de l’Église et s’organisait en totale autonomie. Aujourd’hui, si le béguinage n’a plus de lien avec la religion, l’idée de communauté est toujours bien présente. Les béguinages actuels proposent ainsi de se regrouper pour vivre entre personnes âgées.

Majoritairement gérés par des associations, les béguinages sont loués par leurs résidents, ils n’en sont pas propriétaires. Ces derniers doivent faire la demande pour pouvoir rejoindre un béguinage existant. Bien qu’il n’y ait pas de limite d’âge officielle, les résidents sont en effet souvent à la retraite. Libre à vous de vous incruster si l’expérience vous tente !

Pour engager cette demande, la première étape consiste généralement à se rapprocher du point d’information local dédié aux personnes âgées ou du CCAS de sa commune.

Mieux vieillir ensemble : une alternative aux Ehpad

Si l’image de l’Ehpad vient vite à l’esprit, on est loin de l’aspect dépendant de la maison de retraite. La préservation de l’autonomie est l’objectif premier, et c’est pourquoi chaque membre du béguinage dispose de son propre logement avec une chambre, une cuisine, un salon, une salle de bain privée, et partage des espaces communs (jardin, espace de vie…).

Les membres s’impliquent également selon leurs préférences et leurs capacités en s’organisant pour les tâches du quotidien. Que ce soit pour l’entretien du jardin, la cuisine, ou même les sorties culturelles, chacun trouve sa place et contribue au bien-être du groupe.

Marie de Hennezel, psychologue et spécialiste du sujet, précise : “Chacun est chez soi, on décide de ce que l’on va vivre ensemble.”

Par ailleurs, contrairement aux établissements médicalisés pour seniors, le béguinage n’est pas un lieu de soins. Les résidents sont en effet libres et indépendants, et si l’un des résidents perd de l’autonomie ou tombe malade, les autres s’engagent à lui apporter le soutien nécessaire.

Une solution solidaire qui permet de lutter contre l’isolement et donc d’éviter un éventuel placement en Ehpad.

À la différence d’une résidence autonomie — établissement médico-social encadré par la loi, pouvant accueillir plus de 50 résidents avec services intégrés —, le béguinage reste un habitat privé non médicalisé, limité à 15-25 logements, où chacun organise lui-même ses aides à domicile.

Le béguinage à Luceau dans la Sarthe

Près du Mans, à Luceau, “Esprit Béguinage” a fêté ses deux ans en 2023 avec 22 résidents, selon un reportage de Radio France. Parmi eux, Martine a fait visiter sa maison individuelle à la radio :

“Là, c’est la salle à manger, avec la cuisine ouverte, qui donne sur une petite terrasse où on peut mettre une table pour l’été, pour prendre le café avec les copines. Là, il y a la salle de bain et une chambre... Je m’y sens très bien.”, témoigne-t-elle.

Car oui, Martine bénéficie bien d’une maison à elle pour un loyer mensuel de 500 €, plus 140 € de charges. C’est l’ancien maire du village qui a eu cette idée pour rompre l’isolement des personnes âgées qui vivent en pleine campagne.

Au-delà de ce cas particulier, les résidents aux revenus modestes peuvent aussi bénéficier d’aides au logement (APL si le béguinage est conventionné, sinon ALS) ainsi que de l’APA pour financer les services à domicile (source : service-public.fr et ANIL).

Ancienne locataire HLM, Martine a dû déménager en raison de problèmes aux genoux qui l’empêchaient de se déplacer aisément. À 64 ans seulement, elle ne souhaitait cependant pas finir en maison de retraite, le béguinage s’est trouvé être une solution idéale pour elle. Elle sait qu’elle peut compter sur des voisins bienveillants et solidaires en cas de problème, comme elle l’explique elle-même :

“Le matin, si les volets des voisines ne sont pas ouverts à telle heure, les autres s’en inquiètent. C’est arrivé quand je suis partie trois jours à l’hôpital ; ils pensaient que j’avais eu un malaise.”

Au-delà de l’entraide, c’est toute une vie sociale qui est recréée, les béguins partageant régulièrement des activités dans la salle commune : emprunts de livres dans la bibliothèque, jeux de société, discussions autour d’une boisson chaude…

Martine apprécie cette atmosphère de famille, où chacun peut vieillir tout en conservant son indépendance :

“On a chacun notre petite maison, on fait ce qu’on veut et l’après-midi on se retrouve ensemble. C’est convivial !”

D’ailleurs, cette vie en communauté est bien plus qu’une simple colocation de commodité, les liens créés peuvent être profonds. Certains résidents ont même trouvé l’amour dans leur béguinage !

Vivre en béguinage, c’est l’occasion de vieillir bien entourés, pour rester autonome le plus longtemps possible tout en rompant avec l’isolement de la retraite.

Questions fréquentes

  • Un mode de vie solidaire où des personnes âgées cohabitent, chacune avec son propre logement (chambre, cuisine, salon, salle de bain privés), et partagent des espaces communs (jardin, salle commune), pour mieux vieillir tout en rompant l’isolement.

  • Contrairement à l’Ehpad, le béguinage n’est pas un lieu de soins médicalisé : les résidents sont libres et indépendants, chacun a son propre logement, et l’entraide entre voisins prend le relais si l’un d’eux perd en autonomie ou tombe malade.

  • Non : les béguinages sont majoritairement gérés par des associations et loués par leurs résidents, qui n’en sont pas propriétaires. Il faut simplement faire une demande pour rejoindre un béguinage existant.

  • L’article ne donne qu’un seul exemple chiffré : à Luceau (Sarthe), une résidente paie un loyer mensuel de 500 € plus 140 € de charges pour sa maison individuelle au sein du béguinage “Esprit Béguinage”.

  • Oui : à Montreuil, en région parisienne, la Maison des Babayagas accueille depuis 2012 des femmes de plus de 60 ans et des jeunes de moins de 30 ans, favorisant une réelle mixité générationnelle.

Catherine Brezeky
Hélène Fruminet
Écrit par relu par
Publié le 5 novembre 2024, mis à jour le 24 juillet 2026 - 5 min de lecture