Excédé par un locataire mauvais payeur, il démonte portes et fenêtres… et finit condamné !


Des histoires de loyers impayés, on en entend tous les jours. Mais celle-ci illustre jusqu’où peuvent mener les tensions entre locataires et propriétaires quand les locataires ne payent pas leurs loyers.
Pas de loyer, pas de fenêtre
Tout commence le 20 décembre 2024. À la veille de l’hiver, des ouvriers envoyés par le propriétaire des lieux se présentent au domicile de Sandrine à Montigny-en-Gohelle, dans le Pas-de-Calais, son mari et leurs deux enfants. Pensant assister au remplacement des huisseries du rez-de-chaussée de la maison, la famille est surprise : les ouvriers retirent portes et fenêtres et puis s’en vont pour ne jamais revenir. Ambiance.
Alors pour contrer le froid glacial et d'éventuelles intrusions, Sandrine et son mari installent cartons et morceaux de tôles. Pour entrer et sortir du domicile, ils doivent lever un volet roulant car plus aucun système ne permet d’empêcher l’accès dans la maison.
Face à cette situation compliquée, la famille décide de porter plainte pour abus de confiance.
Un propriétaire excédé par les impayés
Mais si le propriétaire a misé sur les grands moyens, ce n’est pas sans raison. Contacté par France TV, il justifie son geste par l’accumulation des loyers impayés. « Elle me doit 5 mois de loyer qu’elle n’a pas payé. », expliquait-il en décembre dernier. Car la famille, arrivée en juin 2024, n’aurait jamais réglé un centime du loyer, selon lui.
Selon le bailleur, un accord verbal aurait été conclu : la famille devait prendre en charge le remplacement des menuiseries et le paiement des ouvriers. Mais la locataire aurait refusé de payer « Donc les ouvriers sont partis, c’est aussi simple que ça.» Une version que Sandrine conteste fermement.
La justice tranche
Le 15 janvier dernier, le tribunal de proximité de Lens a rendu son verdict et somme le propriétaire de réinstaller les portes et fenêtres immédiatement. « Dès que l'huissier nous contacte, nous devons effectuer les travaux dans les 12 heures », a confirmé maître Emmanuel Riglaire, avocat du bailleur. Le tribunal autorise même l’intervention « de gré ou de force » pour assurer la remise en état du logement.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Si la locataire a obtenu gain de cause sur la restitution des huisseries, ses demandes de dommages et intérêts ont été rejetées. Le propriétaire, quant à lui, a engagé une action en justice pour récupérer les loyers dus et obtenir l’expulsion des occupants.
« Nous avons simplement pu encaisser le chèque de caution qu’elle avait laissé en rentrant dans les lieux mais elle nous doit les loyers pour les mois de juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre et janvier », détaille son avocat.
En attendant que la situation se règle définitivement, la famille a reçu une proposition de relogement et espère quitter rapidement cette maison où elle ne se sent plus en sécurité. Cette affaire illustre bien les tensions actuelles entre bailleurs et locataires en difficulté, chacun voulant faire valoir ses droits, quitte à s’asseoir sur la loi.
Questions fréquentes
Non. Même face à des loyers impayés, ce geste reste illégal : dans cette affaire du Pas-de-Calais, le tribunal de proximité de Lens condamne le propriétaire à réinstaller portes et fenêtres immédiatement, y compris par une intervention « de gré ou de force ».
Une condamnation, même s’il est réellement créancier de loyers impayés : dans cette affaire, le propriétaire doit réinstaller portes et fenêtres sur décision du tribunal, alors que sa locataire lui doit plusieurs mois de loyer.
Privilégier d’abord une solution amiable : contacter le locataire pour comprendre sa situation, proposer un échéancier de paiement adapté et vérifier les garanties existantes (garantie loyers impayés ou GLI, Visale, garant), avant d’engager une procédure formelle.
C’est le document officiel qu’un huissier de justice envoie au locataire, à la demande du propriétaire, lorsque celui-ci ne paie toujours pas malgré les relances. Il oblige le locataire à régulariser sa dette.
En principe non : entre le 1er novembre et le 31 mars, la trêve hivernale interdit les expulsions, sauf cas exceptionnels comme un squat, des violences ou un relogement déjà possible.
