Gestion de patrimoine

Les femmes, les grandes oubliées des héritages

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Charlotte PapinMis à jour le 27 mars 2026
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Si les inégalités de patrimoine entre les hommes et les femmes font l'objet d'une attention croissante - et à juste titre -, une réalité demeure tenace : les femmes héritent en moyenne moins que les hommes. On a cherché à comprendre pourquoi.

Ma fille, tu hériteras moins que ton frère

Dire que les femmes ont moins de patrimoine que les hommes ne relève pas du scoop. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon l'Insee, le patrimoine brut moyen d'un homme s'élève à 228 000 €, contre 192 000 € pour une femme.

Les raisons de ces disparités sont multiples et enracinées : inégalités salariales, manque d'accompagnement pour les conseils financiers personnels et disparités dans les héritages. Oui, même lorsqu'elles héritent, les femmes sont désavantagées, percevant en moyenne 20 % de moins que les hommes, comme le révèle une étude d'Immonext.

Pourquoi un tel écart ? Même si hommes et femmes ont les mêmes droits, une étude de l'Observatoire des inégalités montre que nos homologues masculins touchent en moyenne 2,2 fois plus de donations anticipées que les femmes.

D’ailleurs, ce sont principalement les hommes qui sont désignés comme héritiers universels (58 % d’hommes contre 42 % de femmes selon les notaires de France), c’est-à-dire qu’ils reçoivent l’ensemble du patrimoine du défunt. Les femmes, quant à elles, sont 52 % à être héritières en usufruit selon les données de l’INSEE. Ce qui veut dire qu’elles peuvent utiliser les biens du défunt, mais elles ne peuvent pas les vendre… ambiance.

À ce sujet, Céline Bessière, professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine, expliquait dans un entretien à l’Humanité en 2022 que “malgré un droit formellement égalitaire sur les successions qui empêche de déshériter un de ses enfants et impose de transmettre à ses enfants des parts quasi égales, nous constatons que les fils héritent davantage des biens structurants. Ceux qui sont considérés à la fois économiquement et symboliquement comme les plus importants, à l’instar d’une entreprise familiale ou d’une maison familiale. Alors que les filles reçoivent des compensations financières. Cependant, ces sommes sont souvent sous-évaluées par les études notariales. Il existe une sorte d’inégalité cachée où les fils et les filles ne sont pas égaux face à l’héritage.”

Au-delà du caractère inégalitaire de la situation, recevoir de l’argent n’est pas aussi avantageux que d’hériter d’une entreprise familiale. Sybille Gollac souligne : "Recevoir des biens plutôt que de l’argent est avantageux, car les parts en nature ont souvent plus de valeur que celles en argent.” En effet, une entreprise ou un négoce crée de la valeur au fil du temps, tandis qu’une somme d’argent reste fixe et perd même de la valeur avec l’inflation.

Une injustice tacitement acceptée

Le problème va plus loin, car les héritières, même lésées, ne dénoncent pas cette injustice. Céline Bessière explique dans un entretien avec Dalloz actualité : “Les héritières sont souvent d’accord sur le fait que certains biens doivent rester dans la famille et que leur frère est le mieux placé pour les conserver. Mais elles voient bien que leur part a été sous-évaluée.” Elles adoptent une position fataliste face à des enjeux qui nuisent à leur propre patrimoine.

La sociologue ajoute que les femmes “acceptent l’idée que les hommes sont porteurs d’un rôle spécifique et que leur réussite est primordiale, mais cela ne va pas sans douleur. Les femmes font tout un travail pour « ne pas se fâcher », et le souci de transmission fait qu’elles acceptent ces consensus. Et les notaires ne le remettent pas en cause.”

En somme, cette acceptation passive et le manque de remise en question par les notaires perpétuent les inégalités patrimoniales entre hommes et femmes. Mais d’où cela vient-il ?

La faute aux normes et aux structures sociales…

Si ce n’est pas sur le droit que l’on peut rejeter la faute, c’est surtout une question sociale.

Saviez-vous que le Code civil de 1804 a profondément transformé les droits des femmes en France, notamment en matière d'héritage ? Avant cette réforme, les règles variaient selon les coutumes régionales, privilégiant souvent les fils aînés pour l'héritage des biens. Les femmes, quant à elles, se voyaient souvent réduites à des legs ou des dots. Grâce au Code civil, une égalité successorale a été instaurée, garantissant que tous les enfants, peu importe leur genre, héritent de manière égale. Enfin, sur le papier…

Malgré ces avancées, des inégalités subsistaient. Ce n'est qu'en 1938 que les femmes mariées ont obtenu la capacité juridique de gérer leurs biens propres et de conclure des contrats sans l'autorisation de leur mari. Puis, en 1975, l'égalité dans la gestion des biens de la communauté conjugale a été établie, suivie, dix ans plus tard, par un système de succession plus équitable entre époux.

Pourtant, les inégalités persistent aujourd'hui, souvent enracinées dans des schémas socio-économiques familiaux qui se perpétuent de génération en génération. Comment cela se manifeste-t-il ? Ces pratiques incluent les donations de biens de son vivant et le soutien financier aux études universitaires, qui peuvent significativement influencer les héritages à venir.

Les sociologues Cécile Bessière et Sybille Gollac soulignent que « L’inégalité patrimoniale entre femmes et hommes ne naît pas à Wall Street mais dans les replis quotidiens de la vie familiale. Elle émerge dans le silence des rôles traditionnels attribués aux hommes et aux femmes en tant que conjoints, parents, fils, filles, frères ou sœurs. »

En plus de recevoir moins d'héritage, les femmes éprouvent souvent un sentiment de méconnaissance sur le sujet. Une enquête réalisée par l'institut Odoxa pour Boursorama Banque en 2020 révèle que 58 % des femmes estiment ne pas maîtriser suffisamment les questions d'héritage et de succession, contre 47 % des hommes. Et ça, ça impacte la situation économique des femmes.

… qui influencent les trajectoires socio-économiques des femmes

Au-delà d'être une simple inégalité parmi d'autres, il est crucial de comprendre que le fait que les femmes héritent moins creuse l'écart de leur patrimoine par rapport aux hommes. Sur le sujet, elles sont d’ailleurs moins sensibilisées car elles en maîtrisent moins les subtilités. Selon le baromètre 2023 de l'éducation financière des Français de la Banque de France, 48 % des femmes rencontrent des difficultés à comprendre les informations financières, contre 36 % des hommes.

Pour assimiler ces informations, il est crucial de pouvoir apprendre et se former à l'éducation financière. Mais là aussi, il y a un manquement. Le rapport 2021 du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes sur les inégalités économiques souligne que les femmes sont moins informées que les hommes en matière d'épargne et d'investissement.

Ce déficit de connaissances peut entraîner un désintérêt pour ces questions. Dans une interview accordée au journal Les Echos, Carine Doron, directrice du pôle Family Office chez Rothschild & Co Gestion Privée, explique que "les femmes ont tendance à moins se soucier de leur succession que les hommes". Pour contrer cette tendance, il est crucial qu'elles bénéficient d'un accompagnement adéquat pour apprendre à gérer leur patrimoine. Pourtant, selon une étude du Cercle des notaires de France de 2021, seulement 31 % des femmes ont recours à un notaire pour la gestion de leur patrimoine, contre 43 % des hommes.

Ne nous méprenons pas, les femmes ont soif d'apprendre : selon le baromètre 2023 de l'éducation financière des Français de la Banque de France, 68 % d'entre elles montrent un vif intérêt pour approfondir leurs connaissances en placements financiers. L'éducation financière est la clé pour prendre des décisions éclairées et apprendre à construire et diversifier son patrimoine.

Il est donc crucial que les héritages soient distribués équitablement. En effet, les femmes héritières connaissent des avantages directs : une étude du Centre d'études des revenus et des coûts (Ceredec) de 2018 révèle qu'elles affichent un niveau de vie supérieur de 15 % par rapport à celles qui n'ont pas bénéficié d'un tel héritage. Ça change la donne.

Les écarts persistants dans le patrimoine entre hommes et femmes aujourd'hui résultent d'un ensemble de facteurs : manque d'éducation financière, inégalités salariales, interruptions de carrière et structures sociales défavorables qui affectent même leur droit à l'héritage. Mais la donne est en train de changer ! Grâce à une prise de conscience croissante et à un accès facilité aux ressources financières, de nouvelles perspectives s'ouvrent pour réduire ces inégalités.


Mis à jour le 27 mars 2026

Charlotte Papin
Charlotte PapinCheffe de projet éditorial
Diplômée d'un Mastère en communication et certifiée en rédaction web et stratégies SEO et GEO (Generative Engine Optimization), Charlotte s'est spécialisée dans la production de contenus et la gestion de projets éditoriaux. Elle évolue depuis 5 ans dans les secteurs bancaire et financier, notamment chez BNP Paribas et la Sofiap où elle a découvert de l'intérieur les mécanismes du crédit. Son parcours l'a également menée au Canada, où elle a piloté la promotion de la littérature francophone. Ces expériences ont façonné sa manière d'aborder l'information et cultivé son goût pour la pédagogie.