Donner sa part d’un bien immobilier : droits et obligations


Catherine Brezeky
Renaud Pestre
Écrit par relu par
Publié le , mis à jour le - 10 min de lecture
Maquette de maison blanche illustrant la donation d'une part d'un bien immobilier

Vous possédez un bien immobilier et souhaitez en transmettre une partie à vos proches de votre vivant ? Que ce soit à votre conjoint, vos enfants ou vos petits-enfants, plusieurs options s’offrent à vous. Donation simple, donation-partage, donation avec réserve d’usufruit ou via une SCI : chaque dispositif a ses avantages selon votre situation familiale et vos objectifs patrimoniaux.

Mais attention, une donation est un acte juridique encadré qui engage des frais et des obligations fiscales. Mieux vaut comprendre les mécanismes avant de se lancer pour faire les bons choix. On vous en dit plus.

Qu’est-ce que la donation immobilière ?

Une donation immobilière est un acte par lequel vous transmettez la propriété d’un bien (maison, appartement, terrain) à une personne de votre choix, de votre vivant. C’est différent d’un héritage qui intervient au moment du décès.

La donation présente plusieurs caractéristiques importantes à connaître :

  • Elle est irrévocable : une fois effectuée, vous ne pouvez plus revenir en arrière (sauf cas exceptionnels comme l’ingratitude du donataire) ;
  • Elle nécessite obligatoirement un acte notarié pour les biens immobiliers ;
  • Elle peut porter sur la totalité ou une partie du bien (par exemple, 50 % de votre maison) ;
  • Elle déclenche des droits de donation à payer, calculés en fonction de la valeur du bien et du lien de parenté.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la donation ne vous prive pas nécessairement de l’usage de votre bien. Tout dépend du type de donation choisi.

Toutefois, pour entreprendre une donation immobilière, trois conditions sont requises et également cumulatives :

  • Être majeur ou mineur émancipé. Un mineur non émancipé ne peut pas, de fait, consentir seul une donation de bien immobilier.
  • Être sain d'esprit, c'est-à-dire posséder les facultés mentales permettant un discernement et une volonté suffisamment éclairée pour effectuer la donation de son bien immobilier de son vivant.
  • Posséder la capacité juridique de gérer ses biens immobiliers. Une personne sous tutelle peut, sous certaines conditions et avec l'autorisation du juge, être représentée par son tuteur pour réaliser une donation. Une personne sous curatelle peut décider d’une donation succession de son vivant avec l'assistance de son curateur.

Ces conditions sont vérifiées par le notaire au moment de la signature de l'acte, qui est obligatoire pour toute donation portant sur un bien immobilier.

Quels sont les différents types de donations ?

Selon votre situation et vos objectifs, plusieurs dispositifs existent pour transmettre votre bien immobilier :

La donation simple

C’est la forme la plus directe : vous transmettez la pleine propriété de votre bien à vos donataires qui en deviennent immédiatement propriétaires. Attention, vous ne pourrez plus vendre ce bien si vous estimez en avoir besoin un jour. Donner votre résidence principale de cette façon est souvent déconseillé par les professionnels du secteur.

La donation-partage

Elle permet de transmettre vos biens en organisant vous-même la répartition entre vos héritiers. L’avantage : vous anticipez le partage et évitez les conflits familiaux futurs. La répartition que vous décidez ne pourra pas être remise en cause par la suite.

La donation-partage avec réserve d’usufruit

Vous transmettez la propriété de votre bien tout en conservant le droit de l’occuper ou de le louer. Vos héritiers reçoivent la nue-propriété et deviendront pleins propriétaires à votre décès. C’est l’option idéale pour transmettre tout en gardant l’usage du bien.

La donation via une société civile immobilière (SCI)

Vous transférez votre bien dans une SCI familiale dont vous et vos héritiers êtes associés. Vous pourrez ensuite donner progressivement vos parts sociales, ce qui permet d’optimiser la fiscalité et de simplifier les formalités.

La donation-partage : transmettre à plusieurs enfants

Si vous avez plusieurs enfants et souhaitez leur transmettre votre patrimoine, la donation-partage est particulièrement adaptée. Elle combine transmission et organisation du partage en une seule opération.

Les avantages de la donation-partage :

  • Avantage fiscal : vous bénéficiez d’abattements importants selon le degré de parenté, renouvelables tous les 15 ans. Pour un enfant, l’abattement est de 100 000 € par parent, soit 200 000 € pour un couple.
  • Avantage familial : vous choisissez vous-même la part que chacun de vos héritiers recevra. Cela évite les désaccords et les conflits au moment de votre succession, car la répartition est définitive et ne pourra pas être contestée.

Attention toutefois : la donation reste soumise aux règles de la réserve héréditaire. Vous ne pouvez pas déshériter complètement un enfant au profit d’un autre.

La donation en démembrement de propriété

Le démembrement peut sembler complexe au premier abord, mais c’est un excellent moyen de réduire les droits de succession. Le principe : séparer la propriété d’un bien en deux parties.

Nue-propriété et usufruit : comment ça marche ?

Vous transmettez la nue-propriété à vos héritiers tout en conservant l’usufruit. Concrètement :

  • Vos héritiers (nus-propriétaires) peuvent disposer du bien, c’est-à-dire en vendre ou céder la nue-propriété, mais ne peuvent ni l’occuper ni en tirer des revenus.
  • Vous (usufruitier) conservez le droit d’habiter le bien ou de le louer et d’en percevoir les loyers.

À votre décès, vos héritiers deviennent automatiquement pleins propriétaires, sans droits de succession supplémentaires à payer.

L’avantage fiscal est considérable : les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété, qui varie selon votre âge. Plus vous êtes jeune au moment de la donation, plus la valeur de la nue-propriété est faible, donc moins les droits sont élevés.

Barème fiscal de la nue-propriété 2026

Âge de l’usufruitier

Valeur de l’usufruit

Valeur de la nue-propriété

Moins de 21 ans

90 %

10 %

De 21 à 30 ans

80 %

20 %

De 31 à 40 ans

70 %

30 %

De 41 à 50 ans

60 %

40 %

De 51 à 60 ans

50 %

50 %

De 61 à 70 ans

40 %

60 %

De 71 à 80 ans

30 %

70 %

De 81 à 90 ans

20 %

80 %

Plus de 91 ans

10 %

90 %

Barème fiscal de la nue-propriété

La donation en SCI

La donation de parts d’une SCI consiste à transmettre vos droits sociaux (vos parts) à vos héritiers, plutôt que le bien immobilier directement. Cette option présente de nombreux avantages, notamment au niveau fiscal et administratif.

Les avantages de la donation en SCI :

  • Réduction des droits : l’emprunt éventuel souscrit par la SCI est déductible de la valeur des parts lors du calcul des droits de donation ;
  • Donations successives : vous pouvez donner vos parts progressivement pour profiter plusieurs fois des abattements tous les 15 ans ;
  • Formalités simplifiées : la transmission de parts sociales est plus simple et moins coûteuse qu’une transmission directe d’un bien immobilier ; 
  • Pas de taxation sur la plus-value : contrairement à une vente, la donation de parts n’entraîne pas d’imposition sur la plus-value immobilière.

Quels sont les frais de donation immobilière ?

Une donation immobilière entraîne plusieurs types de frais qu’il faut anticiper dans votre calcul.

Les droits de donation

Ils sont calculés selon un barème progressif qui dépend du lien de parenté entre le donateur et le donataire. Voici les taux applicables en ligne directe (parents-enfants) après application des abattements :

Montant taxable après abattement

Taux applicable

Jusqu'à 8 072 €

5 %

De 8 072 € à 12 109 €

10 %

De 12 109 € à 15 932 €

15 %

De 15 932 € à 552 324 €

20 %

De 552 324 € à 902 838 €

30 %

De 902 838 € à 1 805 677 €

40 %

Au-delà de 1 805 677 €

45 %

Les droits de donation

Les frais de notaire

En plus des droits de donation, vous devrez payer les honoraires du notaire qui rédige l’acte. Ils représentent environ 1 à 2 % de la valeur du bien transmis. Le notaire calcule aussi les droits d’enregistrement et se charge des formalités administratives.

Qui paie les frais ? Par défaut, c’est le donataire (celui qui reçoit) qui paie les frais de donation. Mais vous pouvez prévoir dans l’acte que le donateur (vous) les prenne en charge. Attention : si vous payez les frais à la place du donataire, cela peut être considéré comme une donation supplémentaire.

Les avantages d'une donation de maison de son vivant

Transmettre votre bien immobilier de votre vivant, plutôt que d'attendre la succession, présente plusieurs avantages concrets, aussi bien fiscaux que familiaux.

Les abattements fiscaux 

Chaque donataire peut bénéficier d’un abattement qui diffère selon son lien de parenté avec le donateur. Un même duo donateur / donataire (héritier) peut de nouveau bénéficier de l’intégralité de cet abattement à condition d'espacer les donations d'au moins 15 ans. 

Plus les donations sont effectuées tôt, plus le nombre d’abattements peut se multiplier pour permettre à vos héritiers de faire baisser leur facture fiscale.

Lien de parenté avec le donateur

Montant de l'abattement

Enfant

100 000 € par parent

Petit-enfant

31 865 €

Arrière-petit-enfant

5 310 €

Conjoint ou partenaire de PACS

80 724 €

Frère ou sœur

15 932 €

Neveu ou nièce

7 967 €

Personne handicapée (quel que soit le lien)

159 325 € (cumulable avec les autres abattements)

Les abattements fiscaux

Le choix du bénéficiaire

Si, lors d’une succession, la répartition entre héritiers est encadrée par la loi, la donation vous permet de choisir librement à qui transmettre votre bien, qu’il s’agisse d’un enfant, petit-enfant, conjoint, autre membre de la famille ou d’une personne sans lien familial.

Toutefois, certaines règles de transmission héréditaire doivent être respectées, notamment si vous avez des héritiers réservataires. Dans ce cas, vous ne pouvez pas transmettre librement l’intégralité de votre patrimoine à la ou aux personnes de votre choix.

Répartir les transmissions dans le temps

Donner de votre vivant vous permet d'étaler la transmission de votre patrimoine plutôt que de tout rassembler lors du décès. 

Nous l’avons vu : les donations peuvent permettre de profiter plusieurs fois des abattements fiscaux, sous réserve du délai de 15 ans applicable entre un même donateur et un même bénéficiaire. Cependant, il ne faut pas oublier qu’à terme, en appliquant cette règle, votre patrimoine diminue, réduisant ainsi la part à transmettre au décès, mais aussi les droits de succession à régler par vos héritiers.

La possibilité de continuer à percevoir des revenus

Dans le cas d’une donation avec usufruit, vous pouvez conserver le droit de percevoir les loyers, même si la nue-propriété appartient déjà à vos héritiers. Cette solution vous permet de transmettre un bien à la personne de votre choix tout en continuant à toucher les revenus issus de votre bien mis en location, sachant que les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété.

Comment annuler une donation ?

En principe, une donation est irrévocable, mais la loi prévoit toutefois de l’annuler dans trois cas bien définis par le Code civil :

  • L’ingratitude du donataire est avérée : cela concerne des faits intentés contre le donateur de la part du donataire comme avoir porté atteinte à sa vie, avoir commis des sévices, délits ou injures graves ou avoir refusé de fournir un secours alimentaire. Les faits doivent avoir eu lieu après la donation et la victime a 1 an pour entreprendre l’annulation à partir du moment où elle a pris connaissance des faits.
  • L’inexécution des obligations prévues dans la donation : cela signifie que les conditions déterminées lors de la signature du contrat (par exemple, continuer de loger le donateur, prendre soin de lui…) ne sont pas respectées par le donataire. L’annulation peut s’envisager dans un délai de 5 années à partir du jour où le donataire a cessé d’effectuer ses obligations.
  • La survenance d’un enfant : une donation peut être révoquée s’il y a naissance ou adoption plénière d'un enfant, à condition que le donateur n’ait eu aucun enfant vivant au moment de la donation et que la révocation pour survenance d’enfant ait été expressément stipulée dans l’acte de donation. La demande doit être formulée dans les 5 ans suivant la naissance ou l’adoption.

Ces révocations sont possibles en saisissant le tribunal judiciaire avant la date butoir imposée pour chaque cas.

Outre ces cas particuliers, la donation reste définitive hormis s’il s’agit d’une donation au dernier vivant entre époux. Cette dernière peut être révoquée à tout moment devant notaire ou par le biais d’un testament sauf si elle a été établie par un contrat de mariage. En outre, un divorce annule automatiquement la donation au dernier vivant, qu’il s’agisse d’un contrat de mariage ou non.

Comment donner sa maison à son conjoint ?

Transmettre votre bien à votre conjoint obéit à des règles spécifiques selon votre régime matrimonial.

Si vous êtes mariés sous le régime de la communauté réduite aux acquêts

Votre conjoint conserve automatiquement :

  • Tous les biens qu’il possédait avant le mariage
  • Les biens reçus par succession, donation ou legs pendant le mariage
  • La moitié des biens acquis pendant le mariage

À votre décès, si vous avez des enfants, votre conjoint peut choisir entre :

  • L’usufruit de la totalité de votre succession
  • Un quart en pleine propriété et trois quarts en usufruit
  • La quotité disponible en pleine propriété (la moitié si vous avez un enfant, le tiers si vous en avez deux, le quart si vous en avez trois ou plus)

La donation au dernier vivant

Pour augmenter la part de votre conjoint, vous pouvez faire une donation au dernier vivant chez le notaire. Elle ne prendra effet qu’à votre décès et permet à votre conjoint de choisir l’option qui lui convient le mieux parmi celles listées ci-dessus.

Cette donation est révocable à tout moment de votre vivant, contrairement aux autres types de donations. Elle est particulièrement recommandée si vous souhaitez protéger votre conjoint tout en préservant les droits de vos enfants.

Les questions fréquentes sur la donation immobilière

  • Oui, vous pouvez donner votre part de maison à votre conjoint, mais les modalités dépendent de votre régime matrimonial. Si vous êtes mariés sous le régime de la communauté, votre conjoint possède déjà la moitié des biens communs. Pour lui transmettre votre part, vous pouvez opter pour une donation entre époux (aussi appelée donation au dernier vivant) qui prendra effet à votre décès. Cette donation est révocable et permet à votre conjoint de choisir la meilleure option de transmission selon sa situation.

  • Le coût d’une donation de maison dépend de deux éléments : les droits de donation et les frais de notaire. Les droits de donation sont calculés selon la valeur du bien après abattement (100 000 € pour un enfant, renouvelable tous les 15 ans) et selon un barème progressif de 5 % à 45 %. Les frais de notaire représentent environ 1 à 2 % de la valeur du bien. Par exemple, pour une maison de 300 000 € donnée à un enfant unique, vous paierez environ 40 000 € de droits de donation (après abattement de 100 000 €) plus 3 000 à 6 000 € de frais de notaire.

  • Une donation est par définition gratuite, c’est-à-dire sans contrepartie financière. Cependant, elle n’est pas « sans frais » : vous devrez payer des droits de donation au fisc et des frais de notaire. Ces frais sont généralement à la charge du donataire (celui qui reçoit), mais vous pouvez décider de les prendre en charge vous-même. Attention : si vous payez les frais à la place du bénéficiaire, cela peut être considéré comme une donation supplémentaire et potentiellement générer des droits additionnels.

  • Oui, pour un bien immobilier, l’acte de donation notarié est obligatoire. Vous ne pouvez pas vous contenter d’un simple accord verbal ou d’un document rédigé entre vous. Le notaire vérifie que la donation respecte les règles légales (notamment la réserve héréditaire si vous avez des enfants), calcule les droits de donation, rédige l’acte et le publie au service de la publicité foncière. Sans acte notarié, la donation n’a aucune valeur juridique et le bien ne sera pas transmis officiellement.

  • Il n’existe pas d’âge limite légal pour effectuer une donation, la principale condition est d’être majeur et d’être apte et sain d’esprit pour consentir à cet acte. 

    Néanmoins, dans le cas d’une donation en démembrement, lorsque, en tant que donateur, vous conservez l’usufruit et transmettez uniquement la nue-propriété, la valeur fiscale de cette nue-propriété dépend de votre âge au moment de la donation. En somme, plus l’âge du donateur est avancé, plus la valeur fiscale de l’usufruit diminue et celle de la nue-propriété augmente.

  • Vous pouvez réaliser une donation immobilière aussi souvent que vous le souhaitez, sans limite de nombre, à condition évidemment d’être propriétaire des biens donnés. Votre seule contrainte est relative à la fiscalité puisque l'abattement applicable à chaque bénéficiaire, 100 000 € pour un enfant par exemple, se renouvelle uniquement tous les 15 ans. Le fait d’espacer vos donations d’au moins 15 ans vous permet de bénéficier à nouveau de l’abattement fiscal.

Catherine Brezeky
Renaud Pestre
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