La BCE maintient ses taux : quel impact sur votre crédit immobilier ?

Mis à jour le 25 octobre 2026
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Tous les regards étaient tournés vers Francfort ce jeudi 29 octobre. Comme attendu, la Banque centrale européenne a laissé ses taux inchangés. De quoi espérer une accalmie sur le crédit immobilier ? Pas vraiment, car pour votre crédit la hausse vient plutôt du coût de financement de la France et d’un climat politique qui rend les marchés nerveux. Alors que change réellement cette décision de la BCE dans votre projet d’achat ?

Une pause attendue

Après avoir relevé deux fois de suite ses taux directeurs, les taux qui fixent auquel les banques empruntent ou placent leur argent, la BCE marque une pause que les marchés avaient largement anticipée. Ils restent donc à 2,50 %, un statu quo qui ne signifie pas pour autant que la bataille contre l’inflation est terminée. Dans la zone euro, la hausse des prix a atteint 3,8 % sur un an en septembre, contre 3,2 % en août, selon la déclaration introductive de Christine Lagarde. Elle reste donc supérieure à l’objectif de 2 % à moyen terme poursuivi par la Banque Centrale.

Pourquoi ne pas relever les taux aujourd’hui ? Parce que la BCE a constaté que l’inflation sous-jacente (qui exclut l’énergie) restait globalement stable et que la hausse des prix de l’énergie ne s’est pas transmis durablement sur le reste de l’économie. Lors de sa conférence de presse, Christine Lagarde, présidente de la BCE (qui quittera d’ailleurs ses fonctions en février 2027), a ainsi expliqué “qu'à l'heure actuelle, nous ne constatons pas de risques d'effets de second ordre s'ajoutant à ceux déjà pris en compte dans les projections".

Par contre, la prochaine réunion, prévue le 17 décembre, sera également surveillée : une nouvelle hausse des taux directeurs est probable en fin d’année.

Pourquoi vos taux de crédit montent quand même

Le taux de votre crédit immobilier ne dépend pas que de la BCE. Chaque banque fixe le sien en fonction de ce que lui coûte l'argent qu'elle vous prête. Et en ce moment, plusieurs facteurs font grimper ce coût.

La France emprunte de plus en plus cher

Comme un ménage, l'État emprunte pour financer ses dépenses. Le taux auquel il le fait sur dix ans s'appelle l'OAT, et il sert de baromètre à tout le marché du crédit. Et le problème, c’est que OAT à 10 ans a atteint ses derniers jours 5 %, un seuil inédit depuis 2002. « Il faut absolument corriger ça, regagner la confiance de ceux qui nous prêtent », a alerté François Villeroy de Galhau, ancien gouverneur de la Banque de France, sur France Inter le 26 octobre. Il estime également que « 5 %, c’est déjà beaucoup trop haut, nous ne devrions pas être à ce point éloignés des autres pays européens ».

Selon l’Agence France Trésor, l’indice TEC 10 est passé de 4,79 % le 16 octobre à 5,13 % le 22 octobre, avant de terminer à 5,05 % le 23 octobre. Cela représente une hausse de 0,26 point en une semaine et de 0,31 point depuis le point bas du 15 octobre.

L’écart avec l’Allemagne se creuse

Autre signe de tension à surveiller, l’écart entre les taux auxquels empruntent la France et l'Allemagne, que les spécialistes appellent le “spread OTA-Bund”. Il a récemment atteint 1,60 point. Plus cet écart se creuse, plus les investisseurs demandent une rémunération élevée pour prêter à la France plutôt que  l’Allemagne, jugée plus sûre. Et ce surcoût finit, par ricochet, dans les barèmes des banques.

Cette méfiance tient beaucoup au contexte politique et budgétaire. Le 23 octobre, l'agence de notation Moody's a maintenu la note de la France à Aa3, alors qu'une partie des marchés s'attendait à une dégradation. Un répit relatif, puisque la note reste assortie d'une perspective négative, suspendue à l'adoption d'un budget 2027 capable de réduire le déficit public. Prochain rendez-vous le 27 novembre, avec l'avis de S&P Global Ratings, que les banques suivront de près.

L’inflation maintient la pression sur les taux immobiliers 

En France aussi, les prix accélèrent, de 3,1% en un an en septembre 2026, selon l’Insee, tirés par les prix de l’énergie qui ont bondi de +21,3 % sur un an.

Or quand l’inflation accélère, les investisseurs peuvent exiger une rémunération plus élevée pour prêter leur argent. Se financer coûte alors plus cher aux banques, qui répercutent cette hausse sur les taux de vos crédits. 

Concrètement, qu'est-ce que ça change pour vous ?

Les taux peuvent tout de même continuer à grimper

Selon nos données chez Pretto, les taux de crédit immobilier poursuivent leur remontée en novembre, avec une moyenne de 3,76% sur 20 ans. Et c’est aussi un seuil symbolique qui tombe car pour les ménages qui gagnent moins de 40 000€ par an, le taux moyen sur 25 ans atteint 4,07%, contre 3,85% en septembre.

Des banques qui ajustent leurs barèmes à leur rythme

Pour rester attractives, les banques ont longtemps accepté de rogner sur leurs marges afin d’amortir la hausse. Mais, dans un contexte de tensions sur les marchés et de crise budgétaire, cette marge de manœuvre se réduit. 

Questions fréquentes sur la BCE et les taux immobiliers

  • Les taux directeurs de la BCE influencent le coût de l’argent pour les banques dans la zone euro. Les taux de crédit immobilier sont, eux, fixés par chaque banque en fonction de ses coûts de financement, de sa politique commerciale et du profil de l’emprunteur.

  • Chaque banque dispose de ses propres sources de financement, objectifs commerciaux et critères d’évaluation des dossiers. Certaines cherchent à attirer de nouveaux clients et acceptent de réduire leurs marges, tandis que d’autres privilégient la rentabilité ou certains profils. À dossier identique, les propositions peuvent donc varier d’un établissement à l’autre.

  • Attendre fin 2026 ou 2027 et une nouvelle décision de la BCE ne garantit pas d’obtenir un meilleur taux. Les banques anticipent une partie de ses annonces et tiennent compte d’autres facteurs pour fixer leurs barèmes. Si votre projet est prêt et que son financement correspond à votre budget, la prochaine réunion ne constitue donc pas, à elle seule, une raison de patienter.

Ingrid Servaes
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Publié le , mis à jour le - 5 min de lecture