Crédit immobilier : pourquoi les taux remontent-ils après un an de baisse ?

Mis à jour le 17 août 2026
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Actualisés chaque semaine grâce à plus de 1 000 réponses bancaires sur les dossiers Pretto, ces taux affichent l'évolution du marché d'un mois à l'autre.

Alors que les taux enregistrent une baisse continue depuis plus d’un an, les nouvelles grilles révélées par les banques pour le mois d’avril viennent jouer les trouble-fête, avec quelques hausses. Simple couac ou mouvement de fond ? On vous éclaire sur la question.

Depuis le mois de janvier 2024, chaque nouvelle analyse des taux se ressemble, avec un même leitmotiv : ça baisse. Enclenché depuis quatorze mois, ce recul a de quoi redonner peu à peu du baume au cœur à des emprunteurs qui regagnent chaque mois en capacité d’emprunt. Ainsi, selon l'historique des taux Pretto, les taux moyens sur 25 ans sont passés de 4,5 % (fin 2023) à environ 3 % au mois de mars 2025.

Oui mais voilà, la nouvelle grille des taux pour le mois d’avril se veut un peu moins réjouissante, avec des taux qui repartent à la hausse chez plusieurs établissements. Attention, aucune raison de paniquer, les augmentations enregistrées se situant entre 0,1 et 0,2 point. Chez d’autres, les décotes seront plus compliquées à obtenir. Pas de quoi faire fondre votre budget comme neige au soleil, on vous rassure. Toutefois, cette hausse a de quoi interroger : s’agit-il d’un mouvement isolé ou faut-il s’attendre à ce que cela se généralise ?

Des taux qu’on prévoyait de voir baisser jusqu’à la fin de l’année

En début d’année, la vision de Pretto se voulait résolument optimiste, avec des taux qui continuent de poursuivre leur reflux pour atteindre les 2,6-2,8 % d’ici la fin 2025. Une analyse qui concorde plutôt avec celle de l’Observatoire Crédit Logement, qui voit les taux diminuer jusqu’à l’été et se stabiliser par la suite.

Il faut dire que la politique menée par la Banque centrale européenne, qui a à nouveau (et pour la sixième fois consécutive) diminué ses taux directeurs, avait de quoi nourrir l’optimisme ambiant. Reste que l’évolution des taux est assujettie au contexte économique, et de ce côté-ci, il existe bien des ombres au tableau.

Un contexte géopolitique qui pèse sur les taux

Depuis quelques mois, on pointe du doigt les atermoiements politiques, qui pèsent sur l’évolution des taux d’emprunt. Qu’il s’agisse de la dissolution de l’Assemblée et des élections législatives l’an dernier, de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et de sa politique erratique ou encore des tensions internationales avec en toile de fond le conflit en Ukraine, cette instabilité pèse sur les marchés financiers.

La preuve en est, au lendemain de la rencontre dystopique entre le président américain et Volodymir Zelensky, l’EUR 7 years interest rate swap (EUR 7Y IRS, pour les puristes) a connu une envolée, non sans conséquence pour le niveau des taux immobiliers.

Les changements - parfois quotidiens - de Donald Trump en matière de politique douanière accentuent eux aussi une certaine fébrilité des marchés financiers. On se souvient qu’après avoir annoncé 50 % de droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens le mardi 11 mars, le locataire du bureau ovale avait fait volte face le jour même, pour changer à nouveau d’avis le lendemain.

“Cette politique en dents de scie n’est pas bonne pour le business, explique l’économiste Maria Demertzis du centre de réflexion Conference Board en Europe, à France Info. Les acteurs économiques doivent être fixés pour pouvoir s’organiser.”

Une hausse qui se veut temporaire

De notre côté de l’Atlantique, les emprunteurs paient aussi les pots cassés de ces décisions. Avec un rebond des taux immobiliers à prévoir au mois d’avril, donc. Mais attention, si cette hausse n’est pas une bonne nouvelle, il ne s’agit toutefois pas d’un mouvement de fond, selon les experts. Voyez plutôt cela comme la réaction à chaud des établissements bancaires, qui naturellement prudents, ont impacté la hausse récente de l’OAT 10 ans sur leur grille de taux (on vous perd avec cette histoire d’OAT ? On vous explique ça juste en-dessous).

Cette hausse est directement liée au contexte international, qui provoque une hausse des différents taux (Swap 7 ans, OAT), notamment depuis l'annonce du retrait américain de la sécurité en Europe et la nécessité des pays de l'OTAN de réinvestir fortement dans leur propre défense. Cela veut dire que si demain Trump faisait machine arrière, les taux pourraient globalement rebaisser” explique Pierre Chapon, co-fondateur de Pretto. Reste que pour prévoir les futures décisions du 47e président américain, adepte des coups de poker, nul outil n’a encore été mis au point…

Questions fréquentes

  • Après quatorze mois de baisse, les grilles de taux d’avril 2025 affichent des hausses de 0,1 à 0,2 point chez plusieurs banques. Ce rebond est lié à la remontée de l’EUR 7Y IRS et de l’OAT 10 ans, deux taux de référence sur lesquels les banques indexent leurs grilles, dans un contexte géopolitique tendu (politique douanière américaine, tensions internationales).

  • L’EUR 7Y IRS (EUR 7 years interest rate swap) est un taux de référence que les banques utilisent pour se couvrir contre les variations de taux d’intérêt lorsqu’elles proposent des prêts à taux fixe. Plus il est élevé, plus les banques répercutent son coût sur les taux de prêt immobilier.

  • L’OAT 10 ans (Obligation Assimilable du Trésor) est un emprunt d’État sur 10 ans. Son niveau reflète la santé économique du pays et est généralement corrélé aux taux immobiliers : quand l’OAT 10 ans baisse, les taux de prêt ont tendance à suivre, et inversement.

  • Selon Pierre Chapon, cofondateur de Pretto, cette hausse est directement liée au contexte international et devrait rester temporaire : si la situation géopolitique se stabilise, les taux pourraient de nouveau refluer.

  • Avant ce rebond d’avril, Pretto anticipait des taux entre 2,6 % et 2,8 % d’ici fin 2025, une projection proche de celle de l’Observatoire Crédit Logement, qui prévoyait une baisse jusqu’à l’été suivie d’une stabilisation.

Catherine Brezeky
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Publié le , mis à jour le - 4 min de lecture