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Primo-accédant

Envie, jalousie, rivalité… Quand on convoite le bien des autres

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Marion
Mis à jour le 19 juillet 2024
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Elle n’est pas jolie, jolie cette émotion… Pour autant, on l’a déjà toutes et tous ressentie. Envier la belle maison de ce couple d’amis, jalouser son collègue avec son taux à 1,8 %, être heureux et en même temps rageux envers ses amis propriétaires quand on est toujours locataires… En quoi l’envie modèle notre rapport à l’achat immobilier ? Qu’est-ce que cela dit de nous, comment s’apaiser vis-à-vis de cette émotion et en faire quelque chose de constructif ? On creuse le sujet dans ce nouveau dossier Immo’tion.

Jalousie, quand tu nous tiens

Convoitise et rivalité

Un mélange de joie et d’aigreur se cache derrière votre grand sourire. Jérôme, votre meilleur ami vient de vous annoncer sa décision d’acheter avec son conjoint. Évidemment, vous êtes ravi pour lui et vous récitez machinalement les phrases qu’on emploie dans ces moments-là : “Félicitations ! Quelle belle décision d’acheter, d’avancer dans la vie, de construire des projets à deux… blablabla”.

Pour autant, ce ressentiment au creux du ventre vous gêne. Tel un point de côté, il s’est réveillé sans crier gare pour manifester son mécontentement : “pourquoi lui et pas vous ?”.

Car c’est ça la véritable question. Sa décision vous ramène à votre propre condition : vous êtes toujours locataire à 31 ans. Certes, acheter ne fait pas partie de vos priorités du moment, vous avez envie de voyages, d’aventures et de liberté. Mais quand même. Vous songez bien sauter le pas un jour. Et le fait que votre ami ait entrepris cette démarche avant vous a provoqué une urgence dans votre corps. Vous devez acheter vous aussi. Maintenant. L’impossible résolution de ce problème (jusqu’à preuve du contraire, on ne peut pas acheter un logement en 2 heures), ne fait qu’attiser votre ressentiment.

L’envie : un vice peu catholique

Envie, nom féminin
Désigne un désir ou un ressentiment éprouvé face au bonheur d'autrui ou à ses avantages.

La psychanalyste Mélanie Klein décrit en 1957 l’envie comme « ce sentiment de colère qu'éprouve un sujet quand il craint qu'un autre ne possède quelque chose de désirable et n'en jouisse ; l'impulsion envieuse tend à s'emparer de cet objet ou à l'endommager ».

S’emparer de la maison de Jérôme ou la saccager ? Dilemme.

Un désir d’avoir peu catholique, considéré comme un vice selon la tradition chrétienne. L’envie fait même partie des 7 Péchés Capitaux définis par Thomas d’Aquin aux côtés de la gourmandise, l'avarice, la paresse, l'orgueil, la luxure et la colère.

Il n’y a aucun vice qui nuise tant à la capacité des hommes que celui de l’envie.
Descartes

Pour les cinéphiles, on vous recommande le film Seven avec Brad Pitt et Morgan Freeman qui illustre parfaitement les 7 Péchés Capitaux à travers les meurtres d’un tueur en série. On ne veut pas vous spoiler sur la façon dont le meurtrier met en scène le péché de l’envie, mais on dira juste : “what’s in the box ???

Qu’est-ce qui se cache derrière l’envie ?

Passion triste et insécurités

Sans aller jusqu’au meurtre (fort heureusement pour Jérôme), l’envie s’infiltre partout dans nos relations. Elle se manifeste d'ailleurs principalement auprès de personnes dont on est proches ou dont on peut raisonnablement se comparer.

La voisine de Léa a sûrement ressenti ce même sentiment en admirant sa belle maison bien entretenue. Léa nous partage leur rencontre :

“Lors d’une fête des voisins, je fais la connaissance de l’une de mes nouvelles voisines. Elle me demande où je vis, sans doute pour re-situer “qui est qui” dans le quartier. Ça tombe bien, nous sommes pile devant ma maison, je souris : “Juste là !” Elle enchaîne, “Ah ben comme ça, on peut mettre un visage sur les voisins qui habitent les belles maisons du quartier !” Je ne dis rien. J’ai rêvé ou sa réponse n’a rien de bienveillant ? Aujourd’hui, je la connais mieux. Elle n’est heureusement pas la “peste” que je m’étais alors imaginée. Mais sa parole revient parfois dans un coin de ma tête et je suis sûre que ne n’ai pas fantasmé ce ton désobligeant”.

Un ton désobligeant emprunt (très probablement) d’une profonde envie liée à ses propres insécurités.

Bon, pas besoin de flageller Léa, ni d’aller réciter un Notre Père parce que vous enviez Jérôme et son accès à la propriété.

D’une part, car cette “passion triste”, comme la nommait Spinoza, est avant tout une souffrance pour celui ou celle qui la ressent. D’autre part, car cette douleur est symptomatique de failles et carences psychologiques. L’envie nous renvoie en effet à nos craintes, nos angoisses et nos insécurités les plus profondes, notamment en termes d’estime de soi.

Est-ce que nous nous aimons assez pour ne pas convoiter la vie d’un autre ? Aimons-nous suffisamment pour nous faire pleinement confiance et assumer nos choix de vie ? Vous avez 2 heures.

Frustration de notre propre condition

Psycho de comptoir à part, quand on envie nos proches, on met en lumière des insatisfactions inavouées et surtout les valeurs qui nous sont chères. L’envie d’acheter n’est pas tant liée à l’acquisition du logement en lui-même qu’au fait de construire une vie de famille, d’assurer son avenir, de reproduire un schéma familial, d’être aimé … Bref, des valeurs de sécurité, d’épanouissement, d’abondance, de partage, de communauté, d’amour.

En ce sens, l’envie est révélatrice de notre frustration personnelle. Le sociologue Helmut Schoeck va plus loin en précisant que l’envie résulte d’une frustration liée à l’inégalité de condition qu’on cherche absolument à masquer pour ne pas perdre la face. C’est le fameux sourire crispé qu’on arbore face à Jérôme quand il nous annonce sa grande nouvelle. On ne veut (peut) pas montrer le malaise profond qui nous habite en étant “juste locataire”.

Ainsi, à la différence de la jalousie qui naît dans la concurrence, l’envie s’exclut de toute forme de compétition. Elle s’opère seule, en silence, en sous-marin. Qui sait, Jérôme envie t-il peut-être secrètement votre liberté de célibataire locataire ?

Fourbe et insidieuse, l’envie peut vite muter. De simple convoitise, elle peut glisser dans le ressentiment, la jalousie voire la haine selon Thomas d’Aquin (encore lui) : « la haine peut être une extension de l’envie dès lors que la tristesse conçue de la supériorité des autres s’amplifie jusqu’à leur vouloir du mal ».

Pour le philosophe et moraliste britannique Bertrand Russell, l'envie serait la cause la plus importante de malheur moral. Ambiance.

Comment la vie rêvée des autres peut-elle nous consumer à ce point ? Surtout, comment dépasser ce sentiment peu avouable ? Comment s’en affranchir et le transformer de manière positive ?

L’envie : comment la transformer en moteur sain ?

Étape 1 : reconnaître son envie

Bon, ce n’est pas très agréable de s’avouer à soi-même qu’on envie son meilleur ami, sa vie de famille et sa réussite sociale. Pour autant, ne pas mettre sous le tapis ce qui nous embarrasse est une étape essentielle pour en prendre conscience.

C’est à partir de cette prise de conscience qu’on peut lâcher prise en bon Stoïciens, c’est-à-dire renoncer à agir sur ce qui ne dépend pas de notre volonté. Car finalement, nous n’avons pas la main pour stopper notre ami Jérôme dans son projet (à part faire comme dans Seven, mais on ne vous le recommande pas trop d’un point de vue légal).

D’ailleurs, une part d’inconnu réside toujours dans ce qu’on envie. On ne connaît pas l’histoire derrière l’achat immobilier de Jérôme. Peut-être a-t-il sacrifié des pans de sa vie pour accéder à ce projet, renoncé à certains loisirs, s’est plongé à corps perdu dans son travail pour augmenter sa capacité d’achat ? Tout ça, pendant que vous vous faisiez bronzer à Ibiza et dépensiez votre salaire sur Winamax (sans jugement).

Il est toujours plus facile d’observer la partie émergée de l’iceberg que celle sous la surface de l’eau. Apportons un peu de nuance.

Etape 2 : apprécier ce qu’on a déjà

Une fois qu’on a pris conscience de nos envies, on peut faire le point sur ce que nous avons déjà en notre possession, le reconnaître et l’apprécier à sa juste valeur.

Oui, on vous parle de gratitude ici. Ce mot un peu galvaudé est pourtant très puissant pour ne pas plonger dans la course folle de l’envie comme l’explique le psychologue américain Robert Emmons : “la pratique de la gratitude en tant que discipline protège des impulsions destructrices de l'envie, du ressentiment, de l'avidité et de l'amertume”.

Plutôt que de pointer de soi-disant injustices, l’envie peut devenir un moyen d’apprendre à savourer ce qu’on a déjà. Un exercice qui demande un peu de pratique et de discipline (en tenant un journal quotidien par exemple), mais qui fait un bien fou. La pratique de la gratitude réduirait notamment sensiblement la production de cortisol, l'hormone du stress (-23%).

Etape 3 : Transformer son envie

Nous voilà maintenant moins focalisés sur notre ami Jérôme et plus reconnaissants de ce que nous avons. Nous pouvons à présent revenir à notre envie initiale et l’interroger pour savoir si c’est quelque chose qui nous manque. Car ce n’est pas tant Jérôme qui nous importe, mais l’objet de notre envie, à savoir l’achat immobilier dans notre exemple.

  • Est-ce que j’aspire à devenir propriétaire ?

  • Est-ce un projet de vie important pour moi ?

  • Est-ce quelque chose qui est cher à mes valeurs ?

  • Est-ce une priorité parmi mes différents domaines de vie ?

Toutes ces questions répondent finalement à une seule et même grande question : est-ce une envie fondamentale ? Si oui, comment puis-je m’en rapprocher ? Sinon, pourquoi me tourmenter ? Une façon également de mieux se connaître pour arrêter de se comparer aux autres et se rapprocher de ce qui compte vraiment pour soi.

Si à la question “ai-je envie d’acheter moi aussi ?”, votre réponse viscérale est un grand oui, alors il convient d’agir ! Vous savez que vous voulez faire de ce projet votre priorité, il est donc temps de dépasser l’envie qui vous paralyse pour établir un vrai plan d’action.

En d’autres termes, il faut réussir à passer de l’envie agressive (“Jérôme il a de la chance, il est plein aux As, moi je ne pourrais jamais acheter”) ou de l’envie dépressive (“je suis nul de ne pas être proprio”) à l’envie émulative, celle qui donne le courage d’obtenir ce qu’on veut. Une envie qui devient alors un moteur puissant quand on sait lui donner la direction désirée.

Alors, quel est ce moteur puissant qui n’attend que vous ?

On vous laisse y réfléchir avec cette phrase culte de Gordon Gekko incarné par Michael Douglas, dans le film "Wall Street" (1983) : “Greed is good, greed is right, greed works” (l’envie est bonne, l’envie est juste, l’envie fonctionne).

Loin de nous l'idée de faire l'apologie du capitalisme, mais plutôt d’interroger vos aspirations les plus profondes pour aller vers cette envie qui pourrait rendre votre vie plus exaltante, plus épanouissante, plus authentique. Et comme dans Spiderman, n’oubliez pas qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. À vous de faire bon usage de cette envie.

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