Rembourser par anticipation : une bonne idée ?


Catherine Brezeky
Écrit par
Publié le 25 mai 2020, mis à jour le 6 juin 2026 - 5 min de lecture

Rembourser par anticipation est avantageux dès que le taux de votre emprunt dépasse le rendement de votre épargne : vous économisez alors plus d’intérêts que votre placement ne vous rapporte. Mais le gain financier n’est pas le seul critère — la liquidité et la sécurité de votre épargne comptent tout autant.

Quel est l’intérêt financier d’un remboursement anticipé ?

C’est avant tout une question de chiffres : prenons un exemple.

Le taux (TAEG + TAEA) de l’emprunt que vous remboursez est à 2 %/an. Dans le même temps, vous disposez de 20 000 € placés sur un support tel que le Livret A qui vous rapporte 0,5 %/an. Dans ce cas, vous disposez de deux options :

  • soit vous ne faites rien et votre argent continue de vous rapporter 0,5 %/an. Dans le cas présent : 20 000 € × 0,5 %/an = 100 €/an
  • soit vous utilisez cet argent pour rembourser par anticipation votre emprunt. Vous ne touchez alors plus les 100 €/an précédents, mais vous réduisez votre endettement de 20 000 €.

Ce sont 20 000 € qui ne génèrent plus d’intérêts d’emprunt, soit, dans notre exemple, 20 000 € × 2 %/an = 400 €/an.

Ainsi, d’un côté vous perdez 100 €/an et de l’autre, vous économisez 400 €/an. Vous réalisez donc un gain de 300 €/an, soit 25 €/mois.

Dans notre exemple, rembourser par anticipation est financièrement une bonne idée.

En remboursant par anticipation, la banque ne va pas vous adresser un chèque de 400 € tous les ans.

Elle va vous proposer soit de réduire le montant de vos mensualités, soit de raccourcir la durée de votre emprunt.

Si vous choisissez de réduire vos mensualités, vous économiserez sur chaque mensualité jusqu’au remboursement complet de votre emprunt.

Si vous écourtez votre crédit, votre gain se matérialisera par la suppression de quelques années de remboursement.

Dans les deux cas, vous n’en verrez donc la couleur que dans quelques années.

La liquidité et la sécurité

Le gain n’est pas l’unique paramètre à prendre en compte : il faut aussi considérer la liquidité et la sécurité.

La liquidité, c’est la faculté de récupérer votre argent quand vous le souhaitez. Ici, rembourser par anticipation vous fait transférer votre argent d’un support, sur lequel il était a priori disponible, vers une opération de remboursement de dette, qui rendra votre argent parfaitement indisponible.

Vous finirez par le récupérer. Si vous avez choisi d’écourter votre crédit, cela se produira dans quelques années, quand vous aurez tout remboursé.

Et si vous avez choisi de réduire vos mensualités, ce sera de manière progressive, étalée sur toute la durée de votre emprunt. Dans les deux cas, ce sont des liquidités en moins pendant quelques années qui s’annoncent.

Il faut donc tenir compte d’une marge de manœuvre, qui vous permettra de partir en vacances, couvrir des risques ou tout simplement financer une autre acquisition immobilière.

Concernant la sécurité, le premier rôle de votre épargne est de vous permettre de faire face aux aléas de la vie : une perte d’emploi, un enfant qui fait des études plus longues que prévues et de manière générale, tout risque qui serait mal couvert par vos assurances, tel qu’un véhicule qui vous lâcherait ou même un rapatriement de vos vacances à l’étranger qui s’imposerait à vous.

Si vous l’utilisez pour vous désendetter, elle pourrait vous manquer ou rendre les choses plus compliquées.

Ensuite, il faut considérer le support qui héberge votre argent. Quand il est placé, votre argent supporte les risques présentés par le support.

Si vous le sortez pour rembourser votre prêt par anticipation, il ne subit plus ce risque, mais il en prend un nouveau : celui porté par l’opération immobilière financée par votre emprunt.

En définitive, si rembourser par anticipation peut être lucratif, cela se fait au détriment d’une moindre liquidité, ainsi que le plus souvent d’un risque accru. À vous d’évaluer ces facteurs selon votre situation personnelle.

Et si votre épargne vous rapportait plus ?

Si, à l’opposé de l’exemple précédent, votre épargne vous rapporte plus que ne vous coûte votre emprunt, il se produira l’effet inverse.

Apporter votre épargne dans votre opération va vous coûter de l’argent. Vous aurez donc financièrement intérêt à la conserver.

C’est une bonne nouvelle ; mais pour que cela se produise, il n’existe qu’une seule solution : prendre plus de risques. Vous devez pour cela remplir deux conditions :

  • disposer d’un horizon de placement long
  • tolérer des pertes à plus ou moins court terme

Pour l’horizon de placement : si vous hésitez à apporter votre épargne dans votre opération immobilière, c’est qu’il est déjà particulièrement long.

En effet, vous n’en reverrez pas la couleur avant quelques années : cet argent remplit donc la condition.

Du côté de votre capacité à accepter des pertes, cela va dépendre de vos expériences passées, de votre connaissance des mécanismes financiers, de votre optimisme, de vos craintes, des enjeux… C’est une affaire très personnelle.

Remboursement anticipé, mais aussi apport initial et durée du crédit

Si vous vous demandez s’il est intéressant de sortir votre épargne pour augmenter votre apport initial, la problématique est la même.

Il en va de même pour le choix de la durée de votre crédit : si votre épargne ne vous rapporte pas suffisamment, vous aurez intérêt à choisir une durée plus courte, pour augmenter vos mensualités et consacrer votre capacité d’épargne à rembourser votre dette plutôt qu’à un placement qui ne rapporte pas assez.

De manière générale, moins votre épargne vous rapporte, moins vous aurez intérêt à être endetté.

Et au contraire, plus vous aurez d’ambition pour votre épargne, plus l’endettement sera votre allié.

Questions fréquentes sur le remboursement anticipé

  • Comparez le taux de votre emprunt (TAEG + TAEA) au rendement de votre épargne. Si le taux de l’emprunt dépasse ce que rapporte votre placement, rembourser par anticipation vous fait économiser plus d’intérêts que vous ne perdez de rendement. Dans le cas inverse, mieux vaut conserver votre épargne.

  • Elle vous propose soit de réduire le montant de vos mensualités, soit de raccourcir la durée de votre emprunt. Dans les deux cas, le gain se matérialise progressivement, sur plusieurs années.

  • Non. L’argent remboursé devient indisponible, et votre épargne sert aussi à faire face aux aléas de la vie (perte d’emploi, dépenses imprévues). Gardez une marge de manœuvre pour préserver votre liquidité et votre sécurité.

  • Dans ce cas, l’apporter au remboursement vous coûterait de l’argent : mieux vaut la conserver. Cela suppose toutefois d’accepter plus de risques, avec un horizon de placement long et une tolérance aux pertes à court ou moyen terme.

Catherine Brezeky
Écrit par
Publié le 25 mai 2020, mis à jour le 6 juin 2026 - 5 min de lecture