Prêt Taux Zéro PTZ

Un prêt à taux zéro à la naissance : la solution miracle pour les familles ?

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Charlotte Papin
Rédigé le 18 février 2026
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La dénatalité, c'est le sujet du moment. Si on vous en parlait dans un précédent papier, c’est parce que les chiffres donnent le vertige. L'INSEE a enregistré un effondrement de 24 % des naissances en dix ans. Pour répondre à l'urgence, une mission parlementaire a présenté ses conclusions le 11 février 2026 à l'Assemblée nationale. Parmi les 37 propositions du rapport, une retient particulièrement notre attention : un Prêt à Taux Zéro (PTZ) accessible dès la naissance d'un enfant.

Solution miracle ou mirage politique ? On décortique tout ça ensemble.

Les infos clés

La natalité en France a fortement baissé en 10 ans, l’Insee comptabilise environ -24 % de naissances,

La mission parlementaire a proposé un PTZ “naissance” rechargeable pour aider les familles à acheter ou agrandir leur logement,

Les experts soulignent que cette mesure seule ne résout pas les obstacles structurels auxquels font face les familles quand elles veulent acheter.

“L’État doit permettre aux Français qui souhaitent avoir des enfants d'en avoir.”
Extrait du rapport

Ce que le rapport propose concrètement

La mission parlementaire sur la baisse de la natalité en France, présidée par Constance de Pélichy (Liot) et rapportée par le député Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), contient 37 propositions. Parmi elles, plusieurs ciblent directement le logement :

  • Un PTZ "naissance" rechargeable. Concrètement, à chaque nouvel enfant, les parents pourraient débloquer un prêt à taux zéro pour acheter ou agrandir leur résidence principale. Un mécanisme qui viendrait s'ajouter au PTZ classique existant dans le neuf comme dans l'ancien.

  • La portabilité du crédit immobilier. Aujourd'hui, si vous déménagez, vous repartez de zéro avec votre banque : nouveaux taux, nouvelles conditions. Ce rapport propose que les couples avec enfants puissent conserver les conditions de leur crédit initial lors d'un déménagement. Une vraie révolution, quand on sait qu'il n'existe à ce jour aucun droit automatique à cette portabilité en France et que les banques ne la proposent quasiment plus.

  • Une donation familiale de 100 000 € exonérée d'impôt à chaque naissance, pour financer l'achat d'une résidence principale.

  • Une meilleure rotation du parc de logements sociaux, priorité aux familles avec enfants.

En détail, comment ça marcherait ?

La grande différence avec le PTZ classique, c’est qu’il serait rechargeable. Aujourd’hui, le PTZ actuel ne s'adapte pas quand votre famille s'agrandit - ni en montant, ni en durée d'amortissement.

Côté budget, la mission parlementaire évalue le surcoût à 200 millions d'euros par an maximum, à ajouter aux 800 millions déjà budgétés chaque année pour environ 70 000 PTZ financés.

Dis-moi Pretto, comment fonctionne le PTZ aujourd’hui ?

Si vous n'êtes pas encore familier avec le PTZ, voici l'essentiel à retenir.

Le prêt à taux zéro est un prêt aidé par l'État qui vient en complément d’un prêt classique. Vous remboursez le capital emprunté, mais vous ne payez aucun intérêt, aucuns frais de dossier, aucuns frais d'expertise.

Il est aujourd'hui réservé aux primo-accédants, c’est-à-dire ceux qui achètent pour la première fois, ou qui n'ont pas été propriétaires de leur résidence principale depuis au moins deux ans. Et bien sûr, sous conditions de revenus.

Poudre de perlimpinpin ou mesure réellement efficace ?

Cette mesure pourrait avoir un vrai effet déclencheur, un peu comme le PTZ classique, qui aide des ménages modestes à franchir le pas de l'accession là où, sans lui, ils resteraient locataires. Mais que disent les chiffres ?

Chez Pretto, en 2025, environ 1 primo-accédant sur 10 a bénéficié d’un PTZ. Et parmi les acheteurs ayant mobilisé ce dispositif, 26 % avaient au moins un enfant à charge.

Mais prenons un exemple concret.

Adèle et Ruben gagnent 5 000 € à deux et louent un appartement type T2 à Issy-les-Moulineaux. Ils envisagent d'avoir un enfant, ce qui voudrait dire déménager dans un appartement avec deux chambres, soit 60m². À Issy-les-Moulineaux, un appartement de 60 m² coûte aujourd'hui au minimum 438 000 € (selon les prix au m² de Meilleurs Agents, février 2026).

Avec leurs revenus et leur 35 000€ d’apport, le couple peut aujourd'hui emprunter 370 000 €… soit environ 50m². Pas idéal pour agrandir la famille. Si le PTZ “natalité" entrait en vigueur, qu’est-ce que ça changerait pour le couple ?

Sans PTZ

  • Prix du bien achetable : 370 000 €

  • Surface achetable : 50m²

  • Durée de crédit : 25 ans

  • Taux : 3,45% (taux moyens pour les personnes ayant des revenus entre 40 et 80k€ annuel)

  • Mensualité estimée : 1 844 €

Avec PTZ “natalité”

  • Tranche PTZ : 3 (quotité 40 %)

  • Zone d’achat : Abis (Issy-les-Moulineaux)

  • Apport : 35 000€

  • Nombre de personnes occupant le logement : 3 (le couple + 1 enfant)

  • Plafond PTZ applicable : 270 000€

  • Montant du PTZ : 108 000€ (40 % de 270 000 €)

  • Prix du bien achetable : 426 000€

  • Mensualité estimée : 1 850€

  • Surface achetable : 58m²

Grâce au PTZ "natalité", le couple pourrait augmenter sa capacité d'emprunt de 56 000 € et acheter 8 m² supplémentaires à Issy-les-Moulineaux. À condition d'acheter dans le neuf ou dans l'ancien avec des travaux représentant au moins 25 % du coût total de l'opération.

Mais alors quelle différence avec un PTZ classique ?

De ce que l’on sait aujourd’hui, la mesure changerait surtout la donne pour ceux qui sont déjà propriétaires de leur résidence principale et ceux dont les revenus dépassent les plafonds actuels.

Si aujourd'hui vous êtes éligible au PTZ classique et que vous attendez un enfant, vous n'avez pas besoin d'attendre ce nouveau dispositif. Vous pouvez déjà en profiter. La seule vraie nouveauté est l’aspect “rechargeable” à chaque naissance puisque vous pourriez débloquer un nouveau PTZ même si vous n'êtes plus primo-accédant.

Une question reste toutefois en suspens : les plafonds de revenus seraient-ils revalorisés ou créés pour ce PTZ "natalité" ? Si oui, cela pourrait changer significativement les choses pour ceux qui ne sont pas éligibles aujourd'hui. Pour le moment, aucune précision n'a été donnée.

Important

Mettre en place un PTZ à la naissance n'est pas une mauvaise idée. Mais cette mesure ne résout pas les vrais obstacles. Les contraintes HCSF qui limitent la capacité d'emprunt des acheteurs, la hausse des prix de l'immobilier aussi doivent être pris en compte.

Ce qu'en pensent les experts

Du côté des professionnels, les réactions sont restées discrètes. Sauf celle de l'économiste Maxime Sbaihi, auteur de l’ouvrage “Les balançoires vides : Le piège de la dénatalité”. Pour lui, ce PTZ naissance n'est qu'une solution à court terme. “Un jeune, dans une grande ville, payé au salaire médian, a perdu 25 mètres carrés de surface habitable depuis les années 2000. Cela représente deux chambres d'enfants”, souligne-t-il au micro de RTL.

Et les principaux concernés ? Johanne, 30 ans, responsable communication dans un grand groupe, ne cache pas son scepticisme. “Avec mon fiancé, on parle depuis quelques années d'acheter, mais on se demande toujours si on ne devrait pas attendre d'avoir un enfant… sauf qu'on n'a pas du tout les moyens.” Locataires dans les Hauts-de-Seine, le couple reste dubitatif. “Le PTZ, c'est bien, mais avec les prix de l'immobilier, on pourrait juste acheter un appartement pour deux près de chez nous. Sinon, ça voudrait dire habiter plus loin, et on n'a pas envie de s'éloigner de Paris.”

Si la proposition a le mérite de poser les bonnes questions, aucune mesure financière isolée ne compensera durablement les difficultés auxquelles font face les familles. Quand on sait que les jeunes actifs ont perdu en moyenne 25 mètres carrés de surface habitable en vingt ans, il est clair qu’aucun PTZ ne règle ça seul.

Hériter sera-t-il le seul recours pour les jeunes qui veulent acheter ?

C'est la question qu'on a creusée dans notre dernier Décryptage, notre format YouTube qui s'attaque aux idées reçues sur l'immobilier.