Crise au Moyen-Orient : pourquoi votre budget logement risque d’augmenter ?

On vous parlait récemment de l’impact de la guerre en Iran sur les taux immobiliers, mais ses répercussions vont bien au-delà. Augmentation des factures de gaz dès mai 2026, coûts de construction plus élevés… Si l’impact reste limité aujourd’hui, les mois à venir pourraient se montrer plus difficiles, tant pour les propriétaires que pour les locataires et les futurs acquéreurs. On vous détaille la situation.
Infos clés
La crise au Moyen-Orient pourrait provoquer une hausse des prix de l’énergie, notamment du gaz.
Jusqu’à 7 millions de Français pourraient être concernés via des contrats indexés (Ministère de l’économie).
L’impact immédiat resterait limité (moins de 10 € / mois en moyenne), mais la tendance est à surveiller (Ministère de l’économie).
En cas de tensions durables, un risque inflationniste global pourrait peser sur les projets immobiliers.
Un choc de l’énergie à venir
"Le monde pourrait connaître sa pire crise de l’énergie depuis des décennies."
Avant même d’arriver jusqu’aux crédits immobilier, c’est souvent l’énergie qui réagit en premier aux conflits.
Et sur ce point, les effets se font déjà sentir. Le 19 mars dernier, à la suite d’une attaque visant le plus grand site de production de gaz naturel liquéfié du Qatar, les prix ont fortement réagi :
le gaz européen a bondi d’environ 35 %, pour atteindre près de 70 € le mégawattheure,
le pétrole, lui, a franchi la barre des 110 dollars le baril.
Ces niveaux restent toutefois inférieurs à ceux observés au début de la guerre en Ukraine en 2022, ce qui permet, pour l’instant, de relativiser l’ampleur du choc. Pourtant, début mars, Bercy a alerté sur une possible hausse des factures de gaz dès le 1er mai. Mais concrètement, qui est concerné ?
Selon le ministre de l’Économie, Roland Lescure, : « sur environ 10,4 millions de Français abonnés au gaz, à peu près 7 millions peuvent être affectés par la variabilité du prix du marché. »
En pratique, tous les Français ne seront pas exposés de la même façon :
ceux qui ont souscrit un contrat à prix fixe devraient être relativement protégés,
les abonnés aux offres indexées, eux, sont les plus exposés.
Autre point à garder en tête : le décalage dans le temps. « La hausse récente des marchés ne devrait pas se ressentir avant début mai, à un moment où la consommation baisse fortement », précise Bercy.
Au final, pour un foyer moyen, l’impact resterait contenu, autour de quelques euros par mois, avec une estimation inférieure à 10 €.
Mais ces évolutions ne concernent pas seulement les marchés de l’énergie. Elles commencent déjà à se répercuter, indirectement, sur le logement et le budget des ménages.
Propriétaire, locataire : quel impact ?
Pour le moment, la hausse des tarifs du gaz est limitée, mais ses effets ne s’arrêtent pas aux factures et propriétaires et locataires ne font pas face aux mêmes enjeux.
Propriétaires : une hausse à anticiper mais avec des leviers d’action
Pour les propriétaires, la hausse des coûts de l’énergie ne se limite pas à quelques euros de plus sur la facture. Elle pose surtout une question de fond : comment éviter que ces coûts ne s’installent dans la durée ?
Remplacer une chaudière vieillissante, changer de système de chauffage (pompe à chaleur, électrique performant, poêle), améliorer l’isolation du logement ou réduire sa dépendance aux énergies fossiles permet, concrètement, de limiter l’impact des hausses. autant d’options qui permettent de reprendre la main sur son budget.
Ces ajustements demandent un investissement, parfois conséquent. Mais ils s’inscrivent dans une logique d’anticipation : celle d’un contexte énergétique plus instable, où agir en amont permet d’éviter de subir sur le long terme.
Une hausse subie pour les locataires
Pour les locataires, la situation est plus contraignante. La facture énergétique dépend du logement… et des choix du propriétaire. Il n’est pas possible de changer l’isolation ou d’installer un système de chauffage moins gourmand en énergie sans accord, ce qui limite les marges de manœuvre.
Seuls quelques leviers restent accessibles :
comparer les fournisseurs et passer à une offre d’énergie renouvelable,
adapter ses usages (chauffer moins certaines pièces, privilégier les appareils économes),
surveiller les factures et les surcharges éventuelles : la “surcharge énergétique” pourrait réapparaître sur certaines factures, comme elle l’a été en 2022, lors de la guerre en Ukraine.
Pour l’instant, cette surcharge reste à zéro, mais elle traduit une tension latente du côté des fournisseurs.
Une tendance déjà marquée
Cette hausse s’inscrit dans un contexte déjà marqué par une forte progression des prix de l’énergie : entre 2021 et 2024, les tarifs de l’électricité et du gaz ont augmenté respectivement de 45 % et 70 %, selon l’ADEME.
Toujours selon l’ADEME, l’évolution des dépenses liées au logement (loyers, eau, énergie, etc.) a un impact significatif sur le budget des Français. En 2024, elles en représentaient 27%, soit plus de deux fois la part liée au transport ou à l’alimentation.
Les futurs acheteurs ne sont pas épargnés
Des coûts de construction sous pression
La hausse des prix de l’énergie touche aussi le secteur du bâtiment. Le bois avait déjà augmenté de 35% en 2022 lors de la guerre en Ukraine (selon le magazine Le Moniteur), et certaines matières premières comme le cuivre ou les produits bitumineux coûtent de plus en plus cher depuis quelques semaines.
Pour autant, la Fédération française du bâtiment (FFB) indique que, pour l’instant, l’approvisionnement reste stable en Europe. Les tensions portent surtout sur le pétrole et ses dérivés, qui pèsent moins sur la construction que le gaz ou l'électricité.
Mais sur le terrain, certaines hausses sont déjà visibles. Les matériaux à base d'aluminium et les produits d'étanchéité ont progressé. Le cuivre reste à un niveau élevé. L'acier et le PVC tiennent pour l'instant, mais pourraient suivre le mouvement si la situation ne se stabilise pas.
Cette situation a un impact indirect sur les futurs acheteurs :
des travaux plus onéreux dans l’ancien,
une hausse des prix dans le neuf.
La FFB alerte aussi sur un effet indirect : ces tensions fragilisent la confiance des professionnels du secteur, ce qui peut peser sur l'investissement, l'inflation et les conditions de crédit immobilier.
Et les taux immobiliers ?
Après l’énergie et les matériaux, c’est le financement des logements qui pourrait aussi être affecté. Les futurs acheteurs doivent garder un œil sur les taux immobiliers.
Si les tensions économiques se prolongent, la Banque centrale européenne pourrait relever ses taux directeurs (le taux auquel elle prête de l'argent aux banques). Ce qui se traduit par des crédits immobiliers plus coûteux ce qui réduit la capacité d’emprunt des emprunteurs.
Et l’OAT 10 ans ?
L'Obligation Assimilable du Trésor (OAT) à 10 ans est le taux auquel l'État français emprunte de l'argent sur dix ans. C'est un baromètre suivi de près par les banques pour fixer leurs propres taux de crédit.
Actuellement à 3,81 %, son plus haut niveau depuis juillet 2009. Et lorsqu’il monte, les banques relèvent leurs taux fixes en conséquence, même sans intervention de la Banque centrale européenne. Pour les acheteurs, les taux pourraient augmenter ce qui signifie des mensualités plus élevées et donc une capacité d'emprunt réduite à budget égal.
Questions fréquentes sur le logement et l’énergie
Est-ce le bon moment pour faire des travaux de rénovation énergétique ?
Oui, surtout dans un contexte d’incertitude sur les prix de l’énergie.Pourquoi ?
réduire sa dépendance aux énergies fossiles,
stabiliser ses dépenses dans le temps,
valoriser le bien à la revente.
Les loyers peuvent-ils augmenter à cause de la hausse de l’énergie ?
Indirectement, oui. Si les charges augmentent ou si les propriétaires engagent des travaux, cela peut à terme se répercuter sur les loyers, dans les limites fixées par la réglementation.
Peut-on se protéger contre la hausse des prix de l’énergie ?
Partiellement, oui. Plusieurs leviers existent :
choisir un contrat à prix fixe,
améliorer la performance énergétique du logement,
adapter ses équipements (chauffage, isolation),
changer pour un fournisseur d’énergie renouvelable.
Aucun ne permet de neutraliser totalement les hausses, mais ils permettent de reprendre un certain contrôle sur ses dépenses.
Faut-il accélérer son projet immobilier dans ce contexte ?
Tout dépend de votre situation. Si votre projet est prêt (apport, financement, bien identifié), attendre peut vous exposer à une hausse des taux ou des coûts.

