Que prévoit l'Europe pour faire face à la crise du logement ?

On pourrait croire que la crise du logement est un problème typiquement français… mais en réalité, elle s’impose dans toute l’Europe. Loyers qui flambent, achat inaccessible et ménages qui consacrent une part de plus en plus lourde de leur budget à se loger sont monnaie courante. Face à cette situation inquiétante, l'UE a présenté en décembre 2025 son premier Plan pour le logement abordable avec l’ambition de construire plus et plus vite, de mobiliser l'investissement public et privé, de rénover le parc existant et encadrer les locations courte durée dans les zones tendues. Explications.
Infos clés
Près de 10 % des ménages européens consacrent plus de 40 % de leurs revenus au logement, un niveau jugé critique par les institutions européennes, selon le Parlement européen.
Entre 2010 et 2025, les prix des logements ont augmenté de 61 % dans l’UE, et les loyers de 29 % (source Eurostat).
L’Union européenne a présenté en décembre 2025 son premier plan dédié au logement abordable, axé sur la construction, la rénovation et la lutte contre la spéculation.
Logement : l’Europe face à une crise à grande échelle
Avoir un toit sur la tête fait partie des droits fondamentaux du citoyen européen. C’est, en tout cas, ce qu’a établi le Parlement européen, qui a même reconnu le logement comme un pilier du modèle social européen, au même titre que l’éducation, la santé, la retraite ou l’aide aux personnes vulnérables. Le problème, c’est que dans une bonne partie de l’Europe, ce droit ressemble de plus en plus à une utopie, et de moins en moins à une réalité.
Aujourd’hui, de nombreux Européens n’ont tout simplement plus les moyens de se loger près de leur lieu d’études ou de travail. Et quand on parle de difficulté, on parle de vrai décrochage : selon le Parlement européen, près de 10 % des ménages doivent consacrer plus de 40 % de leurs revenus au logement.
Les indicateurs sont préoccupants. Loyers en hausse, déconnexion croissante entre prix de l’immobilier et revenus, parc vieillissant, logements mal isolés… Entre 2010 et 2025, les prix des logements dans l’Union européenne ont augmenté de 61 %, et les loyers de 29 %, bien au-delà de la croissance des revenus des ménages, selon Eurostat. Partout en Europe, se loger coûte de plus en plus cher.
Chiffre clé
Pourquoi les prix s’envolent-ils autant ? Selon le Parlement européen, cette hausse s’explique principalement par plusieurs facteurs :
l’augmentation des coûts de construction,
la baisse du rythme de construction (donc moins d’offre),
la hausse des taux hypothécaires,
l’achat croissant de biens immobiliers à des fins d’investissement.
La BCE : quel rôle dans la crise du logement ?
Dans cette crise, la politique menée par la Banque centrale européenne (BCE) ces dernières années n’est pas directement en cause… mais elle n’a pas non plus été sans effet sur le marché du logement.
Pourquoi ? Parce que la BCE pilote les taux d’intérêt dans la zone euro. Entre 2022 et 2024, face à l’inflation, elle a relevé rapidement ses taux d’intérêt. Mais quand la BCE relève ses taux, les banques empruntent plus cher… et elles répercutent ce coût sur les particuliers.
Cela entraîne automatiquement : - des prêts immobiliers plus coûteux, donc des mensualités plus élevées,
une capacité d’emprunt qui recule,
- un accès à la propriété plus difficile, notamment pour les primo-accédants.
Et ce n’est pas tout, des taux élevés compliquent aussi le financement des promoteurs et des bailleurs, ce qui peut ralentir la construction à grande échelle… alors même que l’Europe manque déjà cruellement de logements.
Le logement, nouveau chantier prioritaire de l’UE
Pendant longtemps, l’Union européenne est restée en retrait sur la question du logement, un enjeu reconnu comme majeur, mais considéré avant tout comme une compétence des États membres. Avec la montée des inégalités et la précarité énergétique, l’Europe a décidé de prendre le sujet en main et, en décembre 2025, pour la première fois de son histoire, l’Union européenne vient de se doter d’un « Plan européen pour le logement abordable ».
Le plan repose sur 4 grands axes :
Booster la construction : en modernisant le secteur, en soutenant l’innovation et en formant davantage de professionnels.
- Réduire les délais : en simplifiant les règles d’urbanisme et en accélérant les permis de construire.
Mobiliser l’argent : en créant une plateforme européenne pour attirer investissements publics et privés, et faciliter le financement du logement social et abordable.
Agir dans les zones en tension : en encadrant plus efficacement les locations de courte durée type Airbnb et renforcer la transparence sur la spéculation immobilière.
La Commission prévoit de collaborer avec les autorités nationales, régionales et locales afin de simplifier les règles et procédures qui freinent l’offre de logements.
Ce plan peut-il vraiment aider la France ?
Sur le papier, il marque une prise de conscience politique importante. Mais dans les faits, son efficacité fait déjà débat.
L’USH (Union sociale pour l’habitat, qui représente en France l’ensemble des acteurs du logement social) n’a pas vraiment applaudi ce Plan européen du logement. Elle le juge trop théorique et pas assez connecté aux réalités locales. L’organisation craint surtout que cela fragilise le modèle français du logement social, pourtant bien rodé et que, au lieu de simplifier, l’Europe ajoute une couche de complexité…
La France lance aussi son plan logement
En parallèle du plan européen, le gouvernement français a présenté en janvier 2026 un plan de relance du logement, avec un objectif annoncé : 2 millions de logements construits d’ici 2030, soit environ 400 000 par an.
Le plan présenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu repose sur plusieurs leviers :
simplifier les démarches,
accélérer les permis de construire,
- transformer davantage de bureaux en logements,
- mobiliser l’épargne des Français grâce à un nouveau dispositif fiscal pour encourager l’investissement locatif (avec un objectif de 50 000 logements supplémentaires par an),
soutenir le parc social avec 500 millions d’euros supplémentaires pour les bailleurs.
Si l’ambition du Plan européen pour le logement abordable est claire, le chemin vers la concrétisation dans les différents États membres risque d’être long. Et pendant que l’Europe ajuste ses outils, la crise continue, elle, de peser sur les ménages, les jeunes et les locataires.

