Taux immobilier : faut-il croire aux annonces du Crédit logement sur la hausse des taux ?

Et si les taux immobiliers étaient repartis pour une longue remontée ? C’est en tout cas le scénario avancé par l’Observatoire Crédit Logement/CSA, qui anticipe une hausse progressive jusqu’en 2027. Mais faut-il vraiment s’attendre à un nouveau choc sur le crédit ? Chez Pretto, on regarde ces prévisions avec prudence. Décryptage.
Infos clés
Le Crédit Logement prévoit des taux à 3,95 % fin 2027.
Les banques restent actuellement offensives sur les bons dossiers et certaines régions affichent encore des taux attractifs.
Chez Pretto, nous anticipons plutôt une stabilisation pour 2026 autour de 3,50 %, avec des hausses limitées.
Crédit Logement annonce une hausse durable
Lors de sa dernière conférence de presse le 20 janvier 2026, l’Observatoire Crédit Logement/CSA a livré un message clair : la remontée des taux amorcée fin 2025 devrait se poursuivre en 2026… et même en 2027.
Selon ses projections, les taux moyens pourraient atteindre :
3,55 % fin 2026,
puis jusqu’à 3,95 % fin 2027.
“Nous sommes sur deux années en cours et à venir qui sont des années de remontée des taux de crédit”, a expliqué Michel Mouillart, l’économiste en charge de l’Observatoire Crédit Logement/CSA. “À mi-janvier, nous sommes déjà à 3,21% alors que nous étions à 3,17% en décembre et à 3,06% en juin : ça monte, ça monte” a prévenu l’économiste.
Un contexte économique sous tension… mais contrôlé
Pour l’Observatoire du Crédit Logement, “la réalité économique conduit les banques à arbitrer pour réajuster les coûts des crédits et augmenter les taux des emprunts tout en s’efforçant de préserver la solvabilité des emprunteurs”.
Il est vrai que le contexte reste complexe, instabilité politique, dette publique élevée, tensions géopolitiques, incertitudes sur la politique du logement… Autant de paramètres susceptibles de provoquer des ajustements ponctuels sur les grilles de taux.
Mais un indicateur clé reste plutôt rassurant, l’OAT (obligations assimilables du Trésor) à 10 ans, le taux auquel l’État français emprunte de l’argent sur 10 ans sur les marchés financiers et qui sert de référence au coût de la dette française, est restée relativement stable malgré ces turbulences. Autrement dit, les marchés semblent de mieux en mieux s’adapter à l’instabilité.
Cette situation pourrait toutefois évoluer. Si l’OAT devait repartir durablement à la hausse, un mouvement haussier finirait probablement par se diffuser sur les crédits immobiliers.
"Les banques restent offensives sur le crédit, même dans un contexte incertain. Elles privilégient clairement les dossiers bien structurés, avec une logique de conquête plus que de simple prudence."
Le Crédit Logement trop pessimiste ?
- En juillet 2025, il avait évoqué un pic des taux à 3,40 % en 2026. Chez Pretto, les taux en janvier 2026 étaient de 3,30% en moyenne sur toutes les durées.
En octobre 2025, ces prévisions étaient déjà revues à la baisse, avec un scénario de stabilité autour de 3,25 %.
Autrement dit, les projections évoluent vite, et parfois dans un sens plus favorable que prévu. D’autant qu’à horizon fin 2027, de nombreux paramètres restent difficiles à anticiper : politique monétaire de la BCE, contexte international, trajectoire budgétaire française ou encore calendrier politique.
Surtout, cette vision apparaît aujourd’hui assez prudente au regard d’un fait essentiel : les banques continuent de prêter activement. Le crédit demeure pour elles un produit d’appel stratégique pour attirer et fidéliser de nouveaux clients.
Des régions toujours très compétitives
Autre point rassurant : les écarts régionaux restent importants… et certaines zones continuent d’offrir d’excellentes conditions.
En janvier, par exemple, l’Île-de-France affiche encore des taux autour de 2,72 % sur 15 ans pour les meilleurs profils (selon la grille Pretto). Preuve que, même dans un contexte plus tendu, de belles opportunités subsistent.
Selon nos projections, plus favorables que celles du Crédit Logement, la phase de forte hausse des taux est désormais derrière nous, hors choc économique majeur. Le marché s’oriente davantage vers une normalisation progressive, dans un environnement qui retrouve un fonctionnement plus “classique”, proche de celui d’avant 2015.
Rappelons que les taux autour de 1 % n’étaient pas la norme historique mais plutôt le résultat d’un accident conjoncturel, lié aux politiques monétaires ultra-accommodantes mises en place pendant la crise du Covid-19 et à une inflation exceptionnellement faible pendant cette période. Historiquement, sur les 20–25 dernières années, les taux immobiliers moyens en France se situaient le plus souvent entre 3 % et 5 %.
Le Crédit Logement se montre sans doute un peu trop pessimiste. Ces dernières semaines, les taux donnent plutôt le signal d’une phase de stabilisation, après les fortes tensions des années précédentes. Le climat de marché reste toutefois soumis à de nombreux facteurs extérieurs, susceptibles de provoquer encore quelques ajustements. Et qui dit stabilisation n’exclut pas des sursauts de taux temporaires.

