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Génération nomades : qui sont ces gens qui ont la bougeotte ?

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Charlotte Papin
Mis à jour le 20 mai 2024
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Partir au large, vivre de roadtrips et de rencontres : voilà le rêve que poursuit la génération nomade. Une tendance croissante qui transforme les modes de vie et d'habitation qui nous a donné envie de savoir qui sont ces aventuriers 2.0 et comment ils mènent une existence sans attaches.

Un phénomène qui ne date pas d’hier

Non, faire le tour du monde n'est pas une simple lubie apparue récemment avec Instagram. Si maintenant on embarque sac à dos, laptop et passeport pour crapahuter sur le globe, au XVIIe, les garçons de bonnes familles d’Europe ou d’Asie étaient envoyés faire leur éducation avec une malle familiale et des mois de voyage en bateau. On appelait ça le Grand Tour.

L’objectif à l’époque ? Apprendre de nouvelles langues, améliorer ses connaissances diplomatiques, culturelles et créer du lien avec d’autres familles aristocratiques. Au Japon, les jeunes samouraïs partaient en pèlerinage (musha shugyō) pour se perfectionner et gagner en sagesse. Cet appel de l’inconnu a été aussi suivi par des nombreux artistes comme Canaletto, Francisco Goya ou encore Lord Byron.

Puis le voyage s’est démocratisé avec la Révolution industrielle et les progrès des transports. Jeunes hippies et curieux se retrouvaient alors sur les routes du monde, même sans un sous en poche. De nos jours, on voyage pour avoir sa version de Mange, prie, aime, pour découvrir le privilège de travailler à l’autre bout du monde ou simplement faire une pause dans son quotidien.

Ces jeunes en quête de dépaysement

Nomade: (a. n.)

Se dit des peuples, des sociétés dont le mode de vie comporte des déplacements continuels.

À l'origine, le terme "nomade" évoque des modes de vie traditionnels ayant perduré pendant des millénaires et qui continuent à être pratiqués aujourd'hui par une minorité, comme les gens du voyage ou les éleveurs mongols, par exemple. Au sens traditionnel du mot, les nomades n'ont pas de résidence permanente et vivent un mode de vie itinérant par nécessité.

Dans cet article, le mot “nomade” désigne un type spécifique de voyageurs : ceux qui choisissent de voyager et/ou travailler, que ce soit pour quelques mois ou plusieurs années. Ils partent souvent en sac à dos, privilégient un style de voyage indépendant, logent dans des hébergements économiques à cause de leur budget réduit mais ont généralement une résidence permanente vers laquelle ils reviennent entre leurs voyages. On les appelle aussi backpackers, globe-trotter ou digital nomad.

Qui sont-ils ?

S’il est difficile d’avoir des chiffres exactes sur ces globe-trotters en raison du manque de données officielles, on estime leur nombre entre 20 et 50 millions. Selon une enquête de Hostelworld en 2018, la majorité d'entre eux (56 %) ont entre 18 et 30 ans.

C’est le cas de Victoria, Parisienne de 30 ans, qui après un licenciement économique, a décidé de partir explorer l’Australie. “Je voulais casser la routine ; casser ce rythme de vie que je connaissais à Paris.” Au-delà de vouloir sortir de son quotidien, elle exprime un besoin de liberté. “C’était une occasion de me lancer un défi, de faire une parenthèse dans la vie, en dehors de la routine et des obligations.” Comme Victoria, ce sont plus de 21 600 Français qui ont obtenu un PVT Australie sur l’année 2022-2023.

Outre les backpackers, on retrouve aussi les digital nomads. Vous savez, ceux qui parcourent le monde et qui travaillent en même temps à distance. Un mode de vie qui s’est d’ailleurs très largement répandu à l’échelle mondiale. Selon Top-Métiers, une plateforme française d'orientation professionnelle, il y aurait 35 millions de digital nomad dans le monde en 2024.

Eux ont généralement entre 25 et 40 ans (c’est ce que dit une enquête de l'OCDE datant de 2023 sur le travail à distance et les nomades digitaux) et travaillent principalement dans les métiers intellectuels et créatifs, indique une enquête 2022 de Coworking Spaces.

Mélanie et Stephen, la trentaine, en font partie. Après avoir fait le tour du monde, pendant une année sabbatique pour elle, et en congé sans solde pour lui, ils ont décidé de changer de vie et de renoncer à leur vie parisienne “On se sentait trop bien en voyage, comme si c’était “la vraie vie””.

Le couple a surtout réalisé qu'ils pouvaient travailler de n'importe où. De retour de leur tour du monde en 2019, Stephen poursuit son activité dans le webdesign freelance, tandis que Mélanie termine ses études : “On avait comme projet de repartir en freelance à 100 %. J'ai fini mon master d’Ux design, j’ai bossé 1 an et on est reparti !”.

Pour le couple, malgré le coût que ce mode de vie entraîne (15 000€, c’est le budget moyen pour un tour du monde selon une enquête réalisée en 2022 par Tourdumondistes), cela en vaut largement la peine : “Ce n’est pas un choix carriériste, je pense qu’on aurait pu « monter les échelons » dans notre domaine et gagner pas mal d’argent en restant à Paris dans le design. Mais on a préféré bosser moins et profiter de notre vie”. Au fil de leurs périples du Brésil au Mexique en passant par le Guatemala et l’Egypte, ils ont appris la photo, puis la vidéo avant de faire une deuxième activité.

Cette soif d’exploration s'intensifie. D'après l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), 18 millions de jeunes à travers le globe se sont lancés dans des voyages de longue durée (plus de 4 mois) en 2018. Des voyages largement partagés sur les réseaux sociaux, alimentant ainsi le désir de partir à la découverte de nouveaux horizons.

Mélanie et Stephen partagent leurs voyages et leurs découvertes sur Instagram : ©Melly_ba
Mélanie et Stephen partagent leurs voyages et leurs découvertes sur Instagram : ©Melly_ba

Génération conditionnée à voyager ?

De fil en aiguille, le voyage est presque devenu un passage obligé. Au-delà des simples vacances, on voit de plus en plus d'amis se lancer dans de grandes aventures au Canada, explorer l'Asie pendant des mois, voire même créer leur start-up et travailler depuis les espaces de coworking à Bali.

Rodolphe Christin, docteur en sociologie, écrivain et essayiste, explique que “l’acte de départ est aujourd’hui valorisé tant chez les jeunes que chez les plus âgés.On a même intérêt à le mentionner dans notre curriculum vitae !” Faute de le mettre sur le CV, nombreux sont les comptes sur les les réseaux sociaux mentionnant fièrement le nombre de pays visités dans leur bio Instagram.

Car le voyage est souvent présenté comme un moyen d'atteindre le bonheur, l'épanouissement personnel et la réussite sociale. Alors forcément, on a envie de participer à ce rite social. S’adapter aux normes sociales, c’est un besoin humain fondamental expliqué par le psychologue social Solomon Asch : on se conforme pour éviter le rejet ou la désapprobation du groupe.

Pour le voyage, c’est pareil. Selon le rapport des tendances 2024 d'Expedia Group (Expedia, Abritel, Hotels.com), plus de la moitié des Français âgés de 18 à 44 ans avouent être influencés par leurs écrans. Et 51 % des interrogés indiquent avoir effectué des recherches ou réservé un voyage vers une destination après l'avoir vue dans un film ou une série TV.

Alors se sent-on parfois socialement obligés de voyager et de le partager avec les autres ? C’est ce qu’a montré l'étude "The Norm of Travel" de l'Université de Stanford, précisant que cette perception du voyage comme une norme sociale était particulièrement forte chez les étudiants issus de milieux socio-économiques plus élevés. À chacun son Grand Tour…

Qu’est-ce que ça veut dire de cette génération ?

Si certains peuvent sentir une certaine pression, le voyage a toujours fait partie intégrante de l’humain. C’est ce qu’explique le docteur en sociologie Rodolphe Christin au Figaro : “L’humanité a toujours été en mouvement. Les hommes se sont dispersés partout sur la planète, pour le commerce, des pèlerinages, des conquêtes ou des migrations plus ou moins volontaires, entreprises par des individus ou des corporations.”

Derrière l’envie de mouvement, il y a aussi cette nécessité de découverte. “Il y a toujours eu l’idée que le monde doit être exploré. La démarche de connaissance passe par l’expérience personnelle.”

Et si ces nomades continuent de barouder d'un pays à un autre, c'est surtout parce qu'ils aiment faire ce qu’ils font, sinon ils arrêteraient leur voyage en cours de route. Une étude parue en 2018 dans le Journal of Positive Psychology a analysé les effets d'un voyage en sac à dos de huit semaines sur le niveau de stress et d'anxiété des participants. Résultat ? Une nette réduction du cortisol (aka l'hormone du stress) et une amélioration globale du bien-être chez les voyageurs.

À chaque génération son idéal de voyage

C’était comment avant ?

Guy a 69 ans et il a voyagé sur presque tous les continents. De Las Vegas à Pékin en passant par Abidjan, Le Cap et Katmandou, il a campé dans la savane, dormi dans des guesthouses et chez des tribus. Il voyage dès ses 18 ans (dans les années 70) à une époque où on ne pouvait ni prévenir ses parents qu’on était bien arrivé, ni leur envoyer une photo. “Mes parents n’avaient pas de téléphone, donc ils recevaient une carte postale qui arrivait plusieurs semaines après mon retour”, se rappelle-t-il.

Pour lui, le voyage a bien changé : “Avant, on rêvait, on y allait à l’aveugle. On ne savait pas ce qui allait arriver sur la route.” Un peu comme lorsqu’il écourte un séjour en Bulgarie et part faire un road trip jusqu'en Turquie en 4L : “À l’époque, je partais juste avec mon guide du Routard et mon appareil photo. Pas de plan fixe, simplement l’appel de l’aventure”.

Le tourisme s’est aussi largement développé entre-temps. En 1970, il y avait 158 millions de touristes internationaux, contre 1,21 milliard en 2023. Les technologies ont également changé la donne : “Maintenant, on a toutes les photos sur internet et on peut réserver un chauffeur qui parle français même à des milliers de kilomètres”, explique le passionné de photo.

C’est quoi “habiter” quand on est nomade ?

Quand on voyage aussi longtemps que le font les nomades, cela change forcément notre vision du chez-soi. Surtout quand on dort soudain dans des endroits jusqu’ici inexplorés. Victoria a séjourné “dans des auberges de jeunesse parfois très sales, avec beaucoup de promiscuité. Le pire ça a été dans des fermes. Dans certains endroits, c’était un peu insalubre. J’ai dormi sur des swags - c’est une couverture rembourrée - où l’on dort à même le sol. Mais aussi beaucoup de camping. J’ai vécu dans une rooftante dans un 4x4 pour faire un roadtrip.”

Mélanie et Stephen, eux, posent habituellement leurs bagages dans des hôtels et petits Airbnb. Pour autant, aucune nostalgie de Paris. “Le fait de ne pas avoir de chez nous, ça ne nous manque absolument pas. Dès qu’on rentre en France pour voir nos familles et nos amis, on est super contents mais on a aussi vite très envie de repartir.” On est très loin du cocon chaleureux qu'on aime regagner chaque soir et décorer au fil de nos envies.
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Faire le tour du monde quand on est propriétaire ? C'est possible. Lire l'article.

Se recréer un foyer quand on est constamment sur la route

Se sentir chez soi est une composante essentielle pour l’homme. Alors comment ces backpackers et digital nomads arrivent à se recréer un espace à eux alors qu’ils voyagent toute l’année ?

Pour Victoria, on apprend à faire avec ce que l’on a. “On se rattache à l'essentiel, on se rend compte que toutes ces affaires, ce n’est que du matériel, que tout n’est pas forcément utile et que d’être attaché à un canapé, une table basse, c’est rien”. Mais comment fait-elle alors pour avoir tout de même un ancrage ? “Je pouvais me sentir chez moi dans un endroit à partir du moment où le lieu de vie était agréable”.

Finalement, le voyage roots nous apprend que chez-soi, c’est surtout là où on a décidé d’être : “Quand je voyageais en 4x4 et rooftante, mon foyer apparaissait lorsque je dépliait la rooftante et que je m’y sentais chez moi, dans mon petit cocon. Ça se réduit à peu de choses. Ça peut être dur parfois, de ne pas avoir sa maison, son lieu à soi avec son confort, mais il faut aller au-delà quand on est dans une démarche de découvrir le monde. C’est pas compatible avec avoir son propre confort et son chez soi.”

Une vision partagée par Mélanie et Stephen. “On se sent bien dans les hôtels/Airbnbs. Mais en fait, on ne recherche pas du tout cette sensation d’avoir un chez-nous, on n'en ressent pas le besoin.”

Le prix à payer ? Pour Mélanie, c’est le fait de faire ses valises. “Parfois, t’en a marre de faire et défaire ta valise. Mais bon, si c’est le prix à payer pour en prendre plein les yeux tous les jours, ça vaut mille fois le coup”. Quant à Victoria, c’est plutôt le confort qui lui manque. “Le pire, c’est d’être en roadtrip et de ne pas prendre de douche pendant plusieurs jours, parce qu’il n’y en a pas. En Australie, sur la côte ouest, on peut rouler des jours et il n’y a pas d’endroit où se laver. Il n’y a que la nature sauvage.”

Bien évidemment, le fait de recréer un espace à soi à des milliers de kilomètres change le rapport à l’habitat. “Maintenant j’ai un autre rapport aux endroits où je me sens chez moi ou juste bien”, explique Victoria. “J’arrive plus à me sentir chez moi dans des endroits qui ne le sont pas vraiment. On s’attache plus au monde extérieur et on se connecte plus à la nature et à ce qu’elle nous offre.”

Après 2 ans et demi de voyage, Victoria aspire à revenir en France, mais avec une perspective différente. Fini le métro, boulot, dodo , elle envisage désormais un mode de vie hybride : une partie de l'année en France, une autre partie à parcourir le monde : “Ma vie ne se résume pas à un seul endroit. J’aurai toujours cette ouverture de me dire que je peux partir, même si c'est pas très loin.”

Pour autant, pas question pour elle de s'installer dans une seule maison pendant 30 ans : “Maintenant, je n’aurai peut-être jamais une attache de rester à un endroit. Peut-être que pour moi ça serait dur”.

Mélanie et Stephen, quant à eux, envisagent ce mode de vie de manière permanente. C'est devenu leur philosophie depuis 4 ans. Même s'ils regrettent parfois les moments importants en famille, ils savent que leur place est sur la route : “Sans aucun jugement ou dénigrement de la vie classique « nous fout le cafard ». On est un peu dans une bulle irréelle mais bon, elle est cool cette bulle !”

Quoi qu’on dise de cette génération dopée au voyage et de sa vision, tous les baroudeurs ne foulent pas les mêmes chemins usés des routes touristiques. Mélanie et Stephen, eux, dénichent des hiden gem - ces trésors méconnus où il n'y a jamais foule.

Ce qui est sûr, c’est que la soif de voyage des globe-trotters actuels a peu à peu transformé la notion de chez-soi : certains ont besoin de posséder un lieu fixe, tandis que d'autres font du voyage leur maison.

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