Qu’attendre des néo banques en matière de crédit ?

Les néobanques sont partout, mais quand il s’agit de crédit, la plupart restent à la traîne : faute de licence d’établissement de crédit, la majorité d’entre elles n’ont pas le droit d’accorder le moindre prêt, même un découvert. Seules quelques-unes contournent l’obstacle, en obtenant leur propre agrément ou en s’associant à un établissement de crédit tiers. Le crédit immobilier, plus complexe encore, reste pour l’instant un terrain totalement inexploré.
Ne tournons pas autour du pot : il n’existe à l’heure actuelle qu’une seule néobanque avec une offre de crédit qui tient vraiment la route : N26, via son partenariat avec Younited Credit. Orange Bank, qui proposait autrefois des prêts personnels et immobiliers grâce à sa propre licence d’établissement de crédit, a cessé toute activité bancaire fin 2023, et l’ACPR a officiellement mis fin à son agrément bancaire le 16 décembre 2025.
Pourquoi certaines néobanques peuvent-elles proposer du crédit et pas les autres ?
Dans le cas d’Orange Bank, dont l’activité a depuis cessé, la réponse était évidente : une licence d’établissement de crédit !
En rachetant Groupama Banque avant de lancer Orange Bank, un des arguments forts de cette acquisition était la présence de cette licence, indispensable pour proposer des prêts personnels, immobiliers, mais aussi des découverts sur le compte courant.
Or, il faut savoir que le système bancaire français est extrêmement régulé et que toutes les licences ne se valent pas.
Pour faire simple, quand la majorité des néobanques font le choix d’opter pour la licence la plus facile d’accès, qui est également la moins chère et la moins contraignante, la contrepartie est qu’aux yeux de la loi française, ces établissements ne sont considérés que comme des établissements de paiement.
A ce titre, le crédit sous toutes ses formes, même pour un découvert, leur est rigoureusement interdit.
C’est la raison pour laquelle l’immense majorité des néobanques se tournent vers des cartes à autorisation systématique, pour s’assurer que leurs clients ne dépensent pas plus que le solde présent sur leur compte à un instant T.
Mais si vous avez déjà utilisé ce type de carte, vous savez également que dans certains cas de figure très précis, des découverts sont malgré tout possibles. En effet, pour fonctionner, la puce de la carte doit toujours être en mesure de contacter sa banque “mère” pour consulter le solde du compte, ce qui correspond à la demande d’autorisation.
Or, dans certains cas, et notamment sur les distributeurs des stations essences et autres péages, cette communication n’est pas toujours possible, ce qui peut amener la banque émettrice à autoriser un très léger découvert “à l’aveuglette”.
Pour les établissements de paiement, c’est la seule exception à l’interdiction de crédit, et dans les faits, elle n’est pas appliquée de manière uniforme. Certaines néobanques vont préférer prendre un léger risque pour leur client (ce qui peut rendre de fiers services !) tandis que d’autres auront une tolérance zéro.
Cette exception qui ne doit son existence qu’à des raisons techniques est pour la majorité des néobanques la plus proche manifestation d’un crédit.
Cette absence de crédit est même retournée en argument marketing : elle permet de vanter la facilité d’ouverture du compte, qui comporte moins d’obligations légales pour cette raison, et le solde en temps réel des transactions grâce aux cartes à autorisation systématique, elles aussi obligatoires.
Quoi qu’il en soit, pour ce qui est du crédit, on comprend bien que la licence est le nerf de la guerre et que les investissements nécessaires à ce niveau pour ajouter du crédit à l’offre ne sont pas à la portée de toutes les néobanques, à la rentabilité encore incertaine.
Ce qui est certainement dommage quand on connaît les capacités innovantes de ces néobanques.
Orange Bank : une offre de crédit qui n’existe plus
Par exemple, outre des taux qui apparaissaient généralement compétitifs et un parcours utilisateur très simple, Orange Bank permettait de faire une demande de crédit jusqu’à 75 000 € et de débloquer les fonds à n’importe quel moment pendant une durée de 6 mois.
Si pendant cette période le coût du projet était revu à la baisse, quelques clics suffisaient pour diminuer le montant du crédit, sans passer par un conseiller.
N26 et Younited Credit : le partenariat qui fonctionne
A défaut de voir des offres innovantes se multiplier pour le plus grand bénéfice des emprunteurs, la deuxième approche pour proposer du crédit est celle retenue par la néobanque allemande N26.
Bien que titulaire d’une licence de type établissement de crédit en Allemagne, la néobanque a préféré opter pour un partenariat avec la fintech française Younited Credit plutôt que d’élaborer une offre en interne comme Orange Bank.
En effet, proposer des prêts personnels ne s’improvise pas et demande au contraire une grande expertise, notamment sur la gestion des risques.
Nous sommes témoins ici du concept d’open banking, c’est-à-dire de la volonté d’assembler un établissement bancaire brique après brique en s’entourant à chaque fois des meilleurs pour chaque service (crédit, épargne, virements internationaux, etc…) plutôt que de tout construire en interne, au risque de perdre du temps et en qualité.
Pour revenir à Younited Credit, son acquisition le 26 septembre 2011 d’une licence d’établissement de crédit (agrément ACPR n°16488) est un fait historique, car décernée après des décennies sans nouvelle demande auprès de l’autorité de contrôle !
Un vrai évènement dans un monde bancaire aux positions figées et contrôlées par quelques acteurs de longue date comme BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole ou encore la Caisse d’Epargne.
Après avoir validé dans ses premières années un modèle économique original porté sur le crédit entre particuliers (Younited Credit était dénommé Prêt d’Union à ses débuts), la société a progressivement changé son fusil d’épaule pour placer la technologie au cœur de son développement, notamment avec l’intention d’attribuer des crédits à une vitesse jamais vue auparavant.
De fil en aiguille, il était donc logique pour Younited Credit de s’allier aux nouveaux entrants dans le secteur bancaire, aux offres de crédit quasi inexistantes.
Pour l’instant, seule la néobanque N26 profite de ce partenariat, mais à n’en pas douter d’autres néobanques devraient suivre. Depuis juin 2020, même la “vieille” banque en ligne Fortuneo s’est laissée séduire par le concept en proposant Younited Credit à ses clients !
Et quid de la compétitivité de l’offre Younited Credit ?
Simplicité d’utilisation, rapidité de traitement et taux globalement compétitifs : c’est une solution intéressante à plus d’un titre.
Mais s’il existe un domaine où la comparaison doit toujours être de mise, c’est bien la souscription d’un crédit. Une simple simulation permet en effet la plupart du temps de gagner quelques centaines d’euros !
En effet, pour de multiples raisons (offres promotionnelles, temporalité, politiques commerciales internes, conjoncture économique, etc…), les grilles de taux des établissements de crédit varient très régulièrement, et il serait illusoire de croire qu’un seul établissement puisse être toujours plus compétitif que tous les autres.
C’est pourquoi nous attendons avec impatience la première néobanque à s’attaquer au marché du crédit immobilier, dernier bastion du crédit réputé imprenable…
Questions fréquentes
Parce qu’elles optent généralement pour une licence d’établissement de paiement, plus simple, moins chère et moins contraignante à obtenir qu’une licence d’établissement de crédit. Or, en France, seul un établissement de crédit est légalement autorisé à accorder un prêt, quelle que soit sa forme (personnel, immobilier ou découvert).
En théorie non, car les cartes à autorisation systématique vérifient le solde en temps réel avant chaque paiement. Mais dans de rares cas (stations essence, péages), la puce ne parvient pas à contacter la banque, ce qui peut entraîner un très léger découvert accepté « à l’aveuglette », une tolérance qui varie selon les établissements.
La néobanque ne conçoit pas son propre crédit : elle s’appuie sur un établissement de crédit tiers, comme Younited Credit, qui gère l’octroi et le risque, pendant que la néobanque reste l’interface client. C’est le principe de l’open banking : assembler les meilleurs services externes plutôt que tout développer en interne.
Le crédit immobilier reste, à ce jour, un domaine où les néobanques ne se sont pas positionnées : il exige une expertise de gestion du risque et des moyens plus lourds que le crédit personnel.
Les grilles de taux évoluent régulièrement (offres promotionnelles, conjoncture, politiques commerciales), si bien qu’aucun établissement n’est systématiquement le plus compétitif. Une simulation comparative permet souvent d’économiser plusieurs centaines d’euros sur le coût total du crédit.





